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Sicoer, calligraffiti & tatouage

Depuis son arrestation en 2015, le writer polonais Sicoer se fait plus rare dans les rues de Cracovie. Il n'a pas pour autant raccroché les gants. Il continue d'expérimenter en atelier ou à l'abri des regards, dans de nombreux spots désaffectés.

« Tout ceci est apparu naturellement, sans raison spéciale. J'ai commencé à me dire que taguer était plus intéressant que faire des pièces. Toutes les lignes doivent être effectuées en un seul mouvement. Il n'y a pas de place pour l'erreur. C'est plus dynamique et intuitif. »

S'inscrivant dans le mouvement du calligraffiti initié par Niels Meulman, Sicoer passe naturellement beaucoup de temps à s'exercer sur papier, utilisant différents outils et encres, dont le café.

« Je n'aime pas trop les cursives, ni les scripts trop élaborés. Je préfère utiliser des pointes larges pour dessiner mes lettres. »

Une maitrise du geste que Sicoer met désormais au service du tatouage, un bel exemple de reconversion réussie.

Source : Mass Appeal

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Rust Life – La bible de la rouille Vol.2: l'interview

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A l'occasion de la sortie du 2ème volume de RustLife – la bible de la rouille, un ouvrage consacré exclusivement au graffiti sur frets, Graffiti-V-Français s'est entretenu avec l'auteur qui partage et commente certaines de ses photos.

« Pendant longtemps, je n'avais même pas remarqué les trains de marchandises. Je me disais à chaque fois que j'en voyais un qui était peint, qu'il avait dû être tapé par des trainistes qui s'étaient pris une veste dans un dépôt. En faisant ce livre j'ai vite compris que durant la fin des années 90, il y avait déjà des équipes qui s'y consacraient à plein temps. Je pense notamment à Kdr, Mash et Smok en Lorraine ou aux HF dans l'ouest de la France. Puis au milieu des années 2000, Kiss et Rap ont commencé à flinguer les dépôts, les MGC, OVT, KST, 132/DTK, LEC, DME et j'en oublie sûrement beaucoup d'autres, en ont aussi fait en grande quantité. J'ai rencontré Fishe en 2008. Il m'a amené taper ma première bâche dans la ville rose. Ça a été le déclencheur de cette passion qui a duré jusqu'en 2012. A partir de cette période je me suis mis à prendre tout ce que je pouvais croiser sur fret en photos mais sans trop savoir ce que j'allais en faire. C'est vraiment ma rencontre avec Kaise de Toulouse qui m'a donné envie de faire ce livre. Il en avait déjà peint plusieurs centaines en 2008 quand on s'est rencontré le temps d'une soirée. Quand il me parlait de sa vision du fret, il m'a dit à plusieurs reprises, pour le moment tout le monde s'en fout, mais un jour tu verras, un gars décidera de faire un livre sur le fret. En rentrant chez moi, je me suis dit que ce gars ça serait moi. Et 8 ans plus tard le Volume 1 de Rustlife voyait le jour. »

« J'aime tout dans les trains de marchandises. L'ambiance des dépôts, le coté vieux et rouillé des wagons. La quantité de modèles existant est impressionnante, il en existe de toutes les formes et de toutes les couleurs. Il y a énormément de lignes différentes. Ce qui est intéressant c'est que pratiquement tout le monde s'attaque à la même ligne, alors qu'il en existe plusieurs dizaines réparties aux quatre coins de l'hexagone. Je trouve que c'est un support noble, qui mérite qu'on lui porte de l'attention. Souvent dénigré, parfois détesté, il attire aujourd'hui la convoitise du plus grand nombre. A côté de ça, si je devais te parler de la scène actuelle qui peint des frets, j'aurais juste envie de dire aux merdeux qui repassent des petits bouts d'histoire d'aller se faire foutre. Éduquez-vous bordel, retournez vous montrer dans les vernissages et pour finir continuez à mettre chacun de vos tags sur Instagram… Mais s'il vous plaît, oubliez les frets. C'est nul les frets, y a aucune notoriété à acquérir avec ce support ! Mais si après tout ça, vous voulez absolument continuer à en faire, montrez un peu de respect à ceux qui étaient là avant vous.De plus en plus de pièces disparaissent, rien que ce mois-ci, j'ai vu des panels à Solek, Super et Fish se faire repasser. Les flops de Kiss, les pièces des HF ou les tags de Keyz se font de plus en plus rares. »

« Selon moi il y a trois périodes qui ont été importantes dans la scène graffiti sur frets. […] Je ne vais pas te faire un top 5, car je ne pense pas avoir suffisamment de connaissance pour quantifier tout ça. […] Kiss, hallucinant le mec a un geuta sur chaque modèle, c'est impressionnant. »

« Rap et ses tags des 2 côtés de l'échelle. »

« Les 517, très grosse présence alors qu'ils ne sont que deux. »

« Dexun, quantité et qualité. »

« Kosmo et Flash, premiers sur toute la ligne. Ils ont fait tous les modèles de frets et doivent connaître 90% des plans frets qui existent en France. »

« Shae, de très beaux wildstyles sur bâche comme sur ferraille. »

Pour en apprendre plus sur la scène du graffiti sur frets en France, le volume 2 (344 pages) est disponible ici.

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J'irai graffer sur vos murs

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La Bretagne n'a pas résisté à la déferlante du graffiti à la fin des années 90. Rapidement, de nombreux writers ont rejoint les pionniers à Brest et Rennes. Depuis le début des années 2000, des artistes atypiques comme War ou Caca développent leurs univers personnels de manière illégale sur les murs de la région tandis que d'autres réalisent des commandes. Pour faire un état des lieux d'une situation paradoxale (entre institutionnalisation et répression), Erwan Le Guillermic et David Morvan ont réalisé un docu de 52 minutes sur la scène locale intitulé J'irai graffer sur vos murs, diffusé sur Tébéo.

« Plongez dans l'univers coloré et transgressif du graffiti, qui ne laisse personne indifférent et offre un nouveau regard sur nos murs. Le graffiti est avant tout un besoin de s'affirmer. Écrire son nom de rue, son blaze, sur les murs peut devenir une addiction totale. Ailleurs, comme à Brest, les fresques des terrains dédiés au graffiti adoucissent l'image bétonnée de la cité. »

War Photo : Helairen

War

On y trouve des interviews de War, Caca, Brez, Bush, Nazeem, Guillaume des Éditions Peinture, mais aussi d'un service de nettoyage qui semble complètement dépassé par l'ampleur du phénomène. Pour les amateurs, Nazeem et Brez partagent et commentent de nombreuses images d'archive du Port de commerce de Brest, un spot emblématique de la scène locale.

« Le graffiti est un truc d'ados, on peut rester un ado très longtemps, mais le graffiti est un truc de jeunes. Tu peux avoir envie de rester jeune toute ta vie, mais il faut laisser la place aux jeunes. »
-Brez

« J'ai choisi des endroits visibles à Rennes, super passant. »
-War

« J'ai choisi ce nom parce que tout le monde peut se sentir concerné. Je suis un artiste-peintre. J'ai de très très bon retours sur mon travail. Je veux rendre tout le monde heureux, la clé, c'est l'amour. »
-Caca

« Il y a une tension qui existe en terrain entre le respect des œuvres et la nécessité de peindre. C'est très rare que des graffs restent. »
-Guillaume

Le teaser :

Le documentaire complet :

Photo : Helairen

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Aple76, le stakhanoviste du lettrage

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Originaire de Grenoble, Aple76, le stakhanoviste du lettrage, multiplie les peintures sophistiquées sur mur depuis plusieurs années entre Grenoble, Lyon et Valence.

« Au début je n'étais pas vraiment motivé pour être un writer, je ne savais pas ce que cela voulait dire. Mon frère dessinait beaucoup, il avait un blaze, mais j'avais 11/12 ans, j'étais trop jeune pour être conscient de cette culture. J'aimais dessiner, j'imitais ce que mon frère faisait.[…] En grandissant avec le hip hop, j'ai pu apprécier ce mode d'expression créatif et positif. »

« Mon style est classique, je m'amuse avec l'alphabet. »

« Ma journée classique : famille, travail, travail, travail, famille. J'essaie d'être heureux dans ce que je fais et de combattre mon pessimisme. »

Source : Elrincondelasboquillas

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Lego, graffiti à La Réunion

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Lego TEA s'intéresse au graffiti à la fin des années 90. Inspiré par les magazines spécialisés de l'époque et Internet, il commence à peindre à La Réunion en utilisant l'alias Barjo, avant de se faire attraper et de devoir changer de blaze.

Depuis, Lego continue de peindre de nombreux murs en couleurs sur l'île et à l'étranger, tout en essayant de maintenir un rythme soutenu de bombing. Vasanda Valin s'est entretenue avec l'artiste :

« Comme je venais de me faire gauler, j'ai dû changer de pseudo. J'ai choisi Gole. J'ai inversé les syllabes et je me suis rendu compte que ça faisait Lego. J'aimais bien l'assonance. J'ai donc commencé à m'intéresser à l'égo. Celui qui fait partie de nous et vu que pour moi le graffiti était quelque chose de très égocentrique, j'ai trouvé ça intéressant de l'afficher aux quatre coins de l'île, mais aussi à l'étranger. »

« L'adrénaline c'est bon ! J'aime le fait que ce soit placé là, comme une publicité, imposée. Juste pour vos yeux, que ça vous plaise ou non. C'est plus instinctif, le trait doit être rapide, propre et efficace. Tout ça en peu de temps, c'est génial ! De la spontanéité à l'état pur. »

« La couleur égaye les gens et ça se ressent. Faut avouer qu'un mur coloré est cent fois plus beau qu'un mur gris non ? »