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Apes, style simple et efficace

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Originaire de Barcelone, Apes peint depuis 1997. En dépit de la répression mise en place, le writer espagnol trouve toujours le moyen de peindre à un rythme soutenu des lettrages et des combinaisons assez simples mais efficaces.

« Mon nom est Apes. Mais ce n'est pas vrai, ce n'est pas mon nom en fait. Cependant cela n'a aucune importance. Je viens de Barcelone mais j'essaie d'être omniprésent en évitant de m'établir à un endroit spécifique. J'aime être partout physiquement et mentalement. J'aime voyager. J'essaie d'être en perpétuel mouvement pour le travail et pour le plaisir. En attendant je fais du graffiti. »

« On dit souvent que le graffiti est une histoire de territoire. Je ne suis pas tout à fait d'accord, s'il y a un territoire, c'est le monde entier. Pour moi le graffiti est un langage contemporain qui permet à des gens de différents pays de parler la même langue. »

« Le graffiti en plus d'être une pratique illégale répond à un besoin. Je pense que c'est une sorte d'espéranto involontaire qui n'a besoin ni de dictionnaire ni de règles. Le graffiti reste ouvert à l'interprétation et cela nous rend plus libre. Et je pourrais de nouveau mentir. »

Pour en apprendre un peu plus sur Apes, Wallspot a suivi le writer pendant la réalisation d'un mur à Barcelone :

Source : Spraydaily

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Nems, peindre entre Bordeaux et l'île de La Réunion

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Originaire de La Réunion, Nems se met au graffiti au début des années 2000. Au fil de ses voyages sur le continent européen et nord américain, le writer rencontre ses futurs partenaires et affute son style sur murs.

« A la base mon blase c'est Nemy, c'est juste une suite de lettres qui me plaisait à l'époque. Par la suite j'ai changé le Y en S, parce que ça me faisait penser aux nems (plat traditionnel du Vietnam très apprécié à La réunion), ça m'a fait rire, j'ai validé. J'ai 2 approches : d'une part je travaille consciencieusement avec les croquis, le choix des couleurs et la disposition des lettres entre elles. D'autre part, je laisse libre cours à mon imagination face au mur, afin d'avoir une pièce uqi correspond au moment présent, au spot et à l'humeur générale. »

Capten et Nems en action :


« Ma 1ère pièce est un flop que j'ai réalisé en 30 secondes sur les palissades d'un terrain de foot de mon quartier. Ma 1ère fierté. J'ai réellement commencé à graffer en 2006 lorsque je rencontre des potes (Ekof et Séna OKF). A cette époque, c'était surtout des pièces en vandale avec 2/3 couleurs max sans fond. 3 ans après, je pars à Bordeaux et je découvre un niveau qui est vraiment différent de ce que je connaissais notamment grâce aux 3GC. Ca m'a permis de me concentrer sur la technique sur feuille. Je ne connaissais personne, du coup je m'aventurais dans des spots, je découvrais de nouveaux terrains sans trop oser repasser les graffeurs locaux. De retour à La Réunion 2 ans après, je rencontre Kapten, Heype et Miaow, on crée le crew 24. Grâce à cette connexion, on commence à réaliser des pièces plus poussées : persos , lettrages plus complexes et on diffuse quelques vidéos sur le net. J'ai aussi fait un voyage à Montréal ou j'ai pris de grosse claques. K6A, A'Shop me brûlent la rétine avec leurs fresques incroyables. »

« La Réunion regorge de spots. La géographie et les microclimats font qu'il y a un nombre incalculable de ponts et de spots différents. Pour moi, c'est juste magique, on peut peindre toute l'année, il fait tout le temps beau. il y a pas mal de graffeurs qui privilégient les couleurs par rapport au chrome et au noir. Ce qui fait qu'un terrain est souvent composé de nature verte, de graffs colorés et d'un soleil omniprésent. On peut passer une journée à peindre au bord de la mer et la semaine d'après peindre dans les hauteurs de l'île ou la végétation est hyper dense, ou encore peindre dans une savane limite désertique; C'est un truc à vivre. »

Heyp, Nems & Capten :

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Instagram a-t-il tué le graffiti ?

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Depuis l'avènement du Web 2.0, les réseaux sociaux ont supplanté toutes les autres formes de diffusion d'infos et d'images liées au graffiti. Instagram et les autres plateformes participatives ont complètement remplacé les instances sélectives et informatives de référence que constituaient les médias du siècle dernier. Chacun peut donc à l'aide de son smartphone et d'une connexion internet inonder la toile de ses productions.

On assiste à une sorte de retournement, les médias sociaux influent directement sur la pratique et sur l'évolution d'un mouvement qui, à la base se voulait contestataire, politique et artistique, voire hors-système. La street cred durement acquise dans les dépôts de trains ou dans la rue par les writers est remplacée par une Fame instantanée.

Plus besoin de risquer des amendes ou de se prendre des coursades pour asseoir une réputation, il suffit de poster ses photos sur le tentaculaire réseau qui garantit une visibilité immédiate. Partant de ce constat déconcertant, Nicola Harding et Rachel E Smith, qui passent leur doctorat de philosophie à l'université de Manchester, interrogent les habitudes et les mœurs de cette discipline en constante mutation.

« Le graffiti a d'abord été considéré comme une sous-culture à partir des années 1970-80, avec le développement de la culture hip-hop aux États-Unis. Mais les débuts du graffiti comme outil de résistance ont commencé à Paris avec l'Internationale Situationniste et les manifestations de mai 68. Le graffiti était un élément clé des protestations contre le modèle consumériste et technologique des sociétés modernes. »

Ne travaillez jamais, Paris, 1968

Ne travaillez jamais, Paris, 1968

« Le graffiti est devenu mainstream avec le développement du web 2.0 et des [plateformes] comme YouTube ou Instagram. Ce changement s'est fait petit à petit et devient de plus en plus visible maintenant que les réseaux sociaux sont pleinement intégrés à notre quotidien. »

« Cet espace est utilisé par les gens et les compagnies, afin de se construire une identité pour les premiers, et de développer des marques urbaines pour les seconds, avec partage d'images et de publicités ciblées. Ces images ont saturé l'espace en ligne, à tel point que l'image du graff' a été complètement dissociée de ses origines sous-culturelles pour devenir un stéréotype, vidé de l'histoire sociale et des valeurs qu'il est censé représenter. »

« Le graffiti est […] devenu une activité de bourgeois. Certains peuvent utiliser leur capital économique pour acheter les outils de la culture graffiti — c'est à dire les bonbonnes de peinture qui coûtent cher –, les bonnes marques d'habits […] et la technologie pour présenter leur boulot de manière intéressante et esthétique sur le net. Ce problème de richesse implique qu'on peut avoir l'apparence d'un authentique graffeur sans prendre les même risques que ceux qui n'ont pas le même capital et qui ont dû se mettre en danger pour construire leur réputation. Plus le statut et la richesse sont élevés, plus légitime vous apparaissez dans l'espace public (à tort ou à raison). »

« Les artistes urbains authentiques cherchent d'autres manière de préserver l'art du graffiti dans l'espace public en devenant des entrepreneurs. Je dirais que Banksy est entré dans cette catégorie. Il vise à susciter le débat et le bien social, avec le don de ses travaux à des associations de jeunes notamment. De cette façon, il joue plus le jeu du système capitaliste qu'il n'essaye de le combattre. C'est une tendance qui touche de nombreux artistes vieillissants : utiliser une capitale de la sous-culture, qui plaît forcément aux jeunes urbains et hispters, pour créer une ville artistique, attirant les touristes comme des petites et moyennes entreprises qui souhaitent commercer dans ce contexte et cette esthétique. »

« Les jeunes ne s'essayent pas aux graffitis car ils peuvent satisfaire leur curiosité sur le net. Ce sont les plus anciens, les 30-40 ans, qui essayent de rendre le graff durable et viable. »

« La jeunesse dorée d'Instagram a tué les graffeurs. »

Des prises de position tranchées à prendre avec des pincettes, mais qui ont tout de même l'intérêt d'ouvrir le débat.

Source : Numerama

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Street Generation(s) Ep. 1: C215

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A l'occasion de l'exposition collective intitulée Street Génération(s) 40 ans d'art urbain qui a lieu à Roubaix jusqu'en Juin 2017, Virgile Lesbert et Matthieu Le Moign se sont entretenus avec chacun des artistes invités.

« Plus qu'un art alternatif, le street art est le mouvement artistique le plus important de la fin du 20ème et du début du 21ème siècle. Avec une communauté digitale présente dès le début, il s'est imposé au fil des décennies comme une culture dominante. C'est le premier mouvement artistique qui a bénéficié de l'ère d'internet de l'Argentine en passant par l'Afrique, l'Europe et la Chine le street art s'est ancré profondément dans la culture populaire. »

Pour ce 1er épisode, l'équipe est allée à la rencontre de C215, l'occasion de faire un point sur l'histoire du pochoir.

« Dans les années 30, on s'est servi du pochoir pour faire de la propagande, notamment totalitaire. Les 1ers portraits réalisés au pochoir dans la rue sont des portraits de Mussolini à Rome. Ça a pris une ampleur particulière depuis 1981 avec l'apparition de la peinture aérosol dans les années 60. Le pochoir s'est plus attaché à la culture punk qu'à la culture hip hop. Il y avait 350 pochoiristes actifs dans les rues de Paris au milieu des années 80. »
-C215

« J'essaie de retrouver la fibre contestataire et politique en faisant des figures qui font sens avec la société. »
-C215

« Toute forme d'art appelle à une forme de critique et d'autocritique, c'est la condition sine qua non pour qu'elle se maintienne et se renouvelle. Si on n'a pas cette dimension critique face à ce mouvement, on ne se situe plus dans l'art, on est dans la consommation. »
-C215

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Disparition de Jean-Luc Duez: l'Amour ne court plus les rues

RIP Amour-01-511

Au début des années 2000, apparait partout dans les rues de Paris le graffiti Amour, soigneusement tracé en blanc, généralement au Posca. On pouvait le croiser sur les vitrines des bars, sur certains véhicules et sur le sol de nombreux trottoirs de la capitale. Le mystère le plus complet entourait l'auteur de ce message. Les spéculations allant bon train, certains prétendent alors que c'est une femme, d'autres que c'est une campagne de pub pour un site de rencontres.

Mais la réalité est plus cruelle, il s'agit d'un artiste peintre, Jean-Luc Duez éconduit par une femme qu'il aime, de manière obsessionnelle.

« Avant elle, il n'y avait rien. Après elle, il n'y a plus eu de place pour autre chose. Elle m'a téléphoné, furieuse. M'a crié de la laisser tranquille. Puis elle a dit : J'en ai marre de tes fleurs, trouve autre chose. Je l'ai prise au mot. Le lendemain, plus de fleurs. Des Je t'aime barbouillés tout au long de sa rue. Et près de son travail, partout où elle pouvait aller. J'ai été condamné pour harcèlement. On m'a interdit de chercher à la rencontrer pendant trois ans. »
-Jean-Luc Duez

« Chacun s'appropriait un petit bout de Je t'aime. Alors j'ai décidé d'écrire pour les autres plutôt que pour elle. En choisissant quelque chose de plus universel : Amour. »
-Jean-Luc Duez

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« Je ne comprends pas pourquoi tous ces gens m'aiment. Et elle, elle ne m'aime pas – cette conne. »
-Jean-Luc Duez

Malheureusement, d'Amour il n'y aura plus dans les rues de Paris. On a appris sur les réseaux sociaux la récente disparition de Jean-Luc Duez.

Pour se faire une idée de ce personnage haut en couleurs, Cyril Skinazy l'a suivi en 2009 dans les rues de son quartier parisien :

Source : Libération