writer's bench

El Seed: Perception

Le Franco Tunisien El Seed vient de réaliser une œuvre monumentale dans le quartier de Manshiyat Nasr au Caire, en Égypte. Plus de 2 semaines de travail pour aboutir à une anamorphose titanesque qui s'étend sur 50 bâtiments. La composition est visible dans son intégralité depuis le mont Moqattam à proximité.

La calligraphie est construite autour du texte suivant : Celui qui veut voir en plein soleil devra se laver les yeux avant.

Source : MTN World.

writer's bench

Outsiders Krew – Share The Word ep.5

Outsiders Krew – Share The Word ep5-511

Share The World est un projet initié par Outsiders Krew, un collectif réunissant le photographe Spag et Seb Toussaint.

Après Djakarta, les bidonvilles de Nairobi, Katmandou et de Bogotá, le collectif s'est rendu au Caire, capitale de l'Égypte pour peindre les murs du quartier de Mazarita, avec des mots choisis par les habitants qui n'ont pas hésité à mettre la main à la pâte.

« L'idée de Share The Word Project est de faire choisir aux habitants de bidonvilles des mots qu'ils souhaitent exprimer. Ensuite nous peignons ces mots là sur leurs habitations. Le but est à la fois d'apporter de l'art dans des lieux où il y en a très peu, et surtout d'attirer l'attention sur des communautés marginalisées, oubliées. »

writer's bench

Egypte: Shawarma, barrages et graffiti

A l'heure où les médias de France et d'Europe nous servent du djihad à toutes les sauces, il arrive que quelques poignées de writers plus que téméraires se lancent tout de même à la poursuite de systèmes de trains et métros dans des zones à risques. Cet été, une équipe de writers allemands a ainsi tenté de renouveler l'exploit de Rider, Hard et Tibak qui avaient peint le métro du Caire en Égypte. Mais c'était en 2010, et aujourd'hui en 2014 la situation s'est nettement corsée. ILG nous rapporte le récit de leur aventure.

Après avoir passé de nombreux barrages routiers fortement gardés, des bases militaires et de nombreux contrôles de passeport, nous sommes arrivés au Caire après un trajet de 460km en taxi payé 100$, à travers le désert de Hurghada.

Premières impressions : du monde partout, des charrettes tirées par des ânes, du bruit, des motocyclettes, des chameaux, des autobus et un incompréhensible chaos.

Arrivés à l'hôtel, on fait un point comme d'habitude pour avoir un aperçu de la situation.

Près des gares et dépôts, de simples regards à travers un grillage attirent immédiatement l'attention. Il est arrivé plusieurs fois qu'on tombe sur des égyptiens agressifs qui se demandaient ce qu'on faisait là. Impossible de prendre une photo d'un train sans avoir de problème, on a dû à plusieurs reprises supprimer immédiatement les photos prises.

Le comportement des gens est inévitablement lié au climat politique local très tendu. Durant notre séjour, de nombreuses explosions ont eu lieu au Caire.

Il s'est avéré extrêmement difficile d'avoir une vue d'ensemble des lay ups potentiels en ville.

Alors que nous rentrions dans une cour par un pont piétonnier on a entendu des cris en arabe, un gars de la sécurité nous mettait en joue avec son fusil, un signe qui ne trompe pas : ce n'était pas le bon moment pour peindre…

Personne ne pense au graffiti là bas, si quelqu'un pénètre dans l'enceinte d'un dépôt ou d'un lay up, c'est forcément pour y poser une bombe.

Après plusieurs essais infructueux, nous avons décidé d'abandonner et de laisser ce système de métro exotique sur notre liste. Des haut-parleurs des gratte-ciels environnants résonnait régulièrement la voix de l'appel à la prière.

Nous avons finalement réussi à pénétrer dans un dépôt de trains, mais une meute de chiens s'est mise à aboyer, risquant d'alerter la sécurité. Il a fallu une éternité avant que les chiens ne s'habituent à notre présence et qu'on ose peindre, l'estomac complètement retourné.

Que faire si quelqu'un débarque ? Fuir, ou se cacher tout en sachant que la sécurité est armée de Kalachnikov ? On s'est décidé à dissimuler, avec de grandes précautions, le sac de peinture afin d'éviter qu'on nous prenne pour des poseurs de bombes.

Ça nous a pris beaucoup plus de temps que prévu mais l'action a finalement été menée à son terme.

Peu de temps après, nous avons pu de nouveau peindre sur les trains de banlieue de la capitale égyptienne.

Nous avons enfin pu profiter du Caire et de l'Égypte au maximum – en particulier les spécialités locales : La nourriture comme le shawarma, le baba ganousch ou la soupe de lentilles accompagnée d'épices sont excellents et pas chers, et on trouve de nombreux stands de jus de fruits frais dans la rue.

writer's bench

Égypte: Les effaceurs des rues du Caire

Il y a des pays, comme l'Égypte, ou la portée symbolique du graffiti est plus importante que celle qu'on lui accorde en Europe ou en Occident. Célébrant la révolution du Printemps Arabe, les graffitis cairotes sont désormais menacés par le pouvoir en place préoccupé à nettoyer les rues, fasciné par le fantasme de la page blanche comme l'explique Claire Talon dans Le Monde du 24 Septembre 2012 :

Charlie Hebdo s'en réjouira-t-il ? Ses caricatures ont à peine attiré l'attention des Égyptiens. Alors que des milliers de Cairotes avaient manifesté une semaine plus tôt leur colère contre la vidéo américaine qui représente le prophète Mahomet en pédéraste débile et sanguinaire (déclenchant une vague de violence dans l'ensemble du monde musulman), ils étaient moins de cinquante, vendredi 21 Septembre, devant l'ambassade de France au Caire à s'emporter contre le dessin du postérieur dénudé du prophète publié par l'hebdomadaire français.

Lassitude de l'opinion ou volonté des autorités de faire cesser la polémique ? Au moment même où l'on s'arrachait à Paris les exemplaires de cette édition controversée de Charlie Hebdo, c'est une tout autre polémique qui agitait les rues du Caire et occupait les colonnes de journaux. Faut-il protéger les graffitis au nom de la liberté d'expression ?, se demande-t-on en Égypte, où les autorités ont fait disparaître, mercredi, une fresque en plein air qui était devenue un temple international du street art contestataire.

Lire la suite

writer's bench

Egyptian Street Art

« Qu'ils soient de béton ou virtuels, les murs servent de terrain d'expression politique aux artistes égyptiens. Pour ces actes, ils encourent les foudres de la police. »

-Yves Gonzales-Quijano

Le printemps arabe semble loin, pourtant la lutte continue et l'Égypte est toujours agitée par les revendications des manifestants réprimées par l'armée. Yves Gonzales-Quijano revient sur la créativité de la révolution égyptienne dans cet article :

Après les élections, on continue (moustamirroun) disent, par le biais d'un efficace raccourci visuel, les militants du mouvement du 6 Avril, un groupe créé en Avril 2008, au cœur – sur la Toile et dans la rue – des luttes qui ont conduit à la chute de Moubarak. Le message passe sur les réseaux sociaux et leurs flux numériques bien entendu, mais aussi, à l'image de ce qui s'est produit depuis le début des luttes, sur les murs de la ville.

Source de nombreux reportages photographiques, la créativité de la révolution égyptienne – souvent marquée par cet humour national qui reste, aux yeux de bien des Arabes, une spécialité locale – a fait de la ville son théâtre, avec la place Tahrir pour scène centrale. Les militants ont pris possession de l'espace urbain, au sens propre du terme, en inscrivant leurs slogans et leurs images sur les murs des lieux publics. Fort à propos, la Casa Arabe de Madrid vient de monter une exposition sur ce thème : quelques images sont visibles sur leur site.

Il s'agit bien d'une lutte de terrain, avec des créateurs militants qui s'organisent en commandos, en général nocturnes, pour installer leur production dans des endroits retenus pour leur caractère stratégique : un lieu particulièrement passant bien entendu, mais également un endroit marquant les limites du territoire sous contrôle de l'insurrection. De leur côté, les forces du maintien de l'ordre comme on les appelle en français décident ou non de fermer les yeux, en fonction de la situation.

La première vague de mobilisation en janvier dernier a ainsi été marquée par une intervention graphique de Ganzeer en hommage à Islam Raafat, reportage photographique ici, une des premières victimes de la révolution. Tout récemment, les événements de la rue Mohamed Mahmoud, juste avant les élections, ont été précédés par l'arrestation de plusieurs artistes. Comme le Code civil égyptien n'a pas prévu ce type d'infraction, les fauteurs de trouble doivent être poursuivis sous différents prétextes, à l'image de Ganzeer, encore lui, arrêté pour avoir dressé un drapeau portant atteinte à la sécurité publique ! En règle générale, ils finissent par être rapidement relâchés, éventuellement sous caution.

Leur liberté, ils la doivent aussi à leur présence sur la Toile, en particulier dans les réseaux sociaux qu'ils savent mobiliser quand ils sont en danger. Graphistes, designers, artistes multimédias, les activistes de la révolution graphique égyptienne ont mis leur savoir-faire professionnel au service des luttes politiques. Naturellement, ils utilisent les techniques numériques pour médiatiser leur combat, mais également pour créer une bibliothèque virtuelle, largement collective, de ressources iconographiques qui sont ensuite reprises, ou non, par les manifestants à travers des formules visuelles reproduites sur les murs mais aussi sur les pancartes des manifestants, sur les t-shirts, etc…

Au centre du discours de mobilisation durant ce qu'on a appelé la seconde  révolution de Tahrir, tout récemment, on trouve ainsi un slogan, transmis par internet, Koun maa al-thawra (كن مع الثورة : Sois avec la révolution), une formule graphique et linguistique dont on comprend mieux la pertinence grâce à un très bon billet (publié par Mashallah News, en anglais) dans lequel son auteur, Mohamed Gaber donne une idée de l'imbrication complexe entre vocabulaire linguistique et éléments plastiques, tout en soulignant utilement la dimension historique de la mobilisation graphique en Égypte.

En effet, cette mobilisation ne date pas de la révolution égyptienne. Au contraire, elle a accompagné l'opposition politique qui s'est exprimée avec toujours plus de force depuis au moins 2008, peut-être même 2005 si l'on considère que c'est l'ouverture d'un espace virtuel d'expression et d'opposition, notamment avec les blogs de journalistes citoyens, qui a ouvert la voie aux changements de l'année 2011.

Il n'est pas sans intérêt non plus de savoir que le graffiti protestataire trouve son origine, au Caire, dans les milieux des ultras du football, ceux-là même dont l'expérience des combats de rue avec la police locale, a été décisive en certains moments d'affrontement, pour préserver l'occupation de Tahrir en Janvier dernier, et tout récemment lors des affrontements de Novembre. De même, la diffusion d'un manuel de lutte urbaine, accompagné d'illustrations efficaces, semble bien avoir joué également un rôle important. On notera d'ailleurs que son auteur a parfaitement conscience des limites du support informatique, et qu'il prend soin de rappeler aux utilisateurs potentiels de ne pas le diffuser via Facebook ou Twitter, surveillés par la police.

Comment transformer la révolte virtuelle – à la fois potentielle et numérique – en soulèvement populaire ? Les interventions graphiques qui ont accompagné la révolution égyptienne apportent leur réponse à cette question centrale pour les mouvements oppositionnels en donnant un exemple de la manière dont les virtualités des flux numériques peuvent prendre corps dans la réalité physique de l'espace urbain, sur le concrete (béton) des murs du Caire !

Pour illustrer ces propos, quelques photos de Hossam el-Hamalawy :

Source : Owni