Procès Versailles: suite…et fin?

Après plus de 10 ans de procédures judiciaires en tous genres, ce mardi 21 juin 2011 était censé conclure la fameuse affaire du procès de Versailles… sauf si la SNCF et la RATP font appel du jugement rendu. Stéphanie Binet, journaliste chez Libé, fait le point sur cette journée particulière :

Les fans de graffiti (tagueurs, graffeurs, collectionneurs) ont éprouvé du soulagement ce matin. Le tribunal de Versailles a, une nouvelle fois, été plus clément que prévu dans ses condamnations pour dommages et intérêts à l'encontre de cinquante-six tagueurs poursuivis pour dégradation.

Condamnés mais amnistiés en septembre 2009, ces tagueurs, la majorité trentenaire, avaient comparu huit ans après leur arrestation et s'attendaient à devoir payer des amendes colossales aux parties civiles (SNCF, RATP, transports lyonnais, marseillais et lillois). «C'est un désaveu total pour ces dernières, avance maître Emmanuel Moine, avocat de deux des tagueurs poursuivis. Elles avaient demandé des sommes astronomiques, jusqu'à 120.000 euros pour une seule personne. Là, les plus forts dommages et intérêts s'élèvent à 13.000 euros. Le tribunal a prononcé des peines cinq à dix fois inférieures à ce qui avait été demandé. Tous les artistes n'ont pas été condamnés. Ainsi, il n'a pas été démontré qu'un de mes deux clients ait posé de la peinture sur le matériel roulant de ces entreprises de transport.»

Pour l'heure, les services de presse de la SNCF et de la RATP refusent de dire si les entreprises de transports vont faire appel du jugement.

En revanche, les books des graffeurs mis sous scellés n'ont pas été restitués aux artistes. Ce qui rend la pétition lancée hier sur le Net par l'auteur Karim Bourkercha et le réalisateur Costa-Gravas encore plus nécessaire. Soutenus par Vincent Cassel, Virginie Despentes, Oxmo Puccino, ils demandent au ministère de la Culture de faire classer ces «books» (cahier de croquis et portfolio des wagons tagués) aux Archives nationales plutôt que de les voir détruits.

C'est sur Médiapart que Karim Boukercha a choisi de lancer cette pétition :

Pour les besoins de l'enquête, la police s'est emparée des books des graffeurs lors des perquisitions. On y trouve les dessins, les esquisses et les photos de leurs oeuvres, constituant ainsi l'unique trace de leur parcours; la seule mémoire de leur art par nature éphémère.

Ces documents aujourd'hui sous scellés pour les besoins du procès risquent de ne jamais être restitués à leurs auteurs (une demande en ce sens a déjà été rejetée). Pire encore, ces archives pourraient être détruites.

Si nul ne conteste la légitimité du procès en cours -le graffiti est un acte illégal donc soumis à la loi-, il est important que la mémoire de ce mouvement ne soit pas reléguée aux oubliettes de l'histoire artistique. C'est pourquoi ces documents devraient être placés aux Archives nationales afin que les traces uniques et indispensables d'un courant artistique vieux de 30 ans ne soient pas définitivement perdues ou confisquées, et de ce fait effacées de l'histoire culturelle française.

Quelle que soit l'issue des procédures judiciaires en cours, et quoiqu'ils pensent de cette pratique artistique dans sa forme illégale, les signataires appellent à une mobilisation pour la sauvegarde et la conservation de ces archives essentielles à la compréhension de l'histoire d'un mouvement artistique présent dans les musées, et l'histoire des transports en communs français.

Premiers signataires:
Azyle, tagueur; Babou, graffeur; JD Beauvallet, journaliste; Fabrice Bousteau, journaliste; Geneviève Brisac, écrivaine; Bugz, graffeur; Olivier Cachin, journaliste, écrivain; Vincent Cassel, acteur et producteur; Comer, graffeur; Eric Corne, artiste et commissaire d'exposition; Costa-Gavras, réalisateur; Deace, graffeur; Decap, graffeur; Virginie Despentes, auteure et réalisatrice; Fuzi, graffeur; Romain Gavras, réalisateur; Jay, graffeur; Jef Aerosol, artiste; Gregory Protche, journaliste; Pseye, graffeur; Oxmo Puccino, rappeur; Rap, graffeur; Reck, graffeur; Reso, graffeur; Sano, graffeur; Antonio Seguí, peintre; Pierre Siankowski, journaliste; Gilles-Marie Tiné, producteur; Maurice Olender, historien (ehess) et éditeur (Seuil); OMT&TER, graffeurs; Orelsan, rappeur; Vices, graffeur, Rebecca Zlotowski, scénariste et réalisatrice.

La pétition est à signer ici.

Sources : Libération & Mediapart

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>