writer's bench

More Hate Than Fear [Full movie]

More-Hate-Than-Fear-01-511

En Angleterre, le système judiciaire envoie régulièrement des writers en prison pour plusieurs années. On se souvient qu'en 2013, Vamp a été condamné à 3 ans de prison ferme et que le même jour, Stuart Hall, un présentateur de la BBC, a écopé de 15 mois de prison pour avoir violé 13 mineures sur une période de 20 ans. On en déduit que les tribunaux anglais accordent plus de valeur à la propriété privée qu'aux vies de jeunes filles dévastées par un prédateur sexuel.

Inspiré par cette injustice caractérisée, Molly Manning Walker a réalisé un court métrage intitulé More Hate Than Fear dans lequel on suit les premières journées d'incarcération d'un writer dans une prison de haute-sécurité, au contact de criminels endurcis.

« Le graffiti, c'est la liberté d'expression. C'est un moyen de déclarer son désaccord avec un statu quo généralisé. Mais ce n'est pas le graffiti qui m'a conduit à réaliser ce film, ce sont les peines de prison disproportionnées. Ce qui est devenu évident, c'est que nous avons un système judiciaire qui protège plus la propriété privée que les vies humaines. »
-Molly Maning Walker

Le trailer :

Le film complet :

Source : Dazed

writer's bench

Saint-Ouen: annulation du festival 5ème Élément

Festival annulé-01-511

A Saint-Ouen, les organisateurs du Festival 5ème Élément (en référence au film de Luc Besson) ont eu une drôle de surprise le 11 Mai 2017, en voyant débarquer les forces de l'ordre dans le lieu investi par une centaine d'artistes avant son inauguration.

« Pendant 8 mois, un collectif d'artistes a commencé à peindre une usine. Ce bâtiment, vestige d'une époque industrielle, a commencé par degrés, sa mue artistique, pour devenir une oeuvre d'art in situ. Il est rare, voir même inédit, que des artistes se retrouvent sur ce thème unique. »

Le festival, organisé dans une usine abandonnée de 2000m2, qui devait se dérouler du 12 au 15 Mai 2017, a été annulé pour raisons administratives.

« On a été expulsé comme un squat, tout ce qu'il y a de plus banal. On savait dans quoi on s'engageait en squattant. Le dialogue est totalement stérile avec la mairie. Dégouté, dépité… On est dans l'incompréhension ».
-Seyar

Les artistes ont été expulsé manu militari et l'entrée principale a été rapidement murée pour les empêcher de se réinstaller.

Avec cette expulsion brutale, on voit une nouvelle fois la limite des initiatives prises en dehors des institutions. Financé par les artistes eux mêmes, ce festival devait être l'occasion de présenter au public des œuvres réalisées en dehors du circuit du marché de l'art dans un esprit festif et convivial.

Une initiative citoyenne et autonome qui n'est apparemment pas du gout de la mairie de Saint-Ouen…

« Nous mettons tout en œuvre, pour que cette exposition interdite à l'heure actuelle, voit le jour. Nous sollicitons la bienveillance de chacun pour installer un discours calme et constructif avec les décideurs culturels de toutes les institutions territoriales, en particulier au niveau local, mais aussi l'implication de toute personne en mesure de venir en aide à notre collectif en mouvement au cœur des préoccupations actuelles d'une jeunesse unie et volontaire. »

Pour soutenir les organisateurs et obtenir l'ouverture du festival, une pétition en ligne est à signer ici.

Photos : Sabri BenakoucheFestival5element
Sources : France3, L'Art et la Manière

writer's bench

No comment: les retrouvailles d'Utah & Ether

Utah Ether No Comment-04-511

Les Bonnie & Clyde du graffiti célèbrent leurs retrouvailles après plus de 6 mois de séparation. Retour sur les aventures judiciaires du couple : après 2 semaines d'actions intensives dans les dépôts de trains australiens, Ether se fait serrer et prend 6 mois de prison ferme en 2016. Pendant ce temps là, Utah fuit la justice et réussit à sortir du pays pour se réfugier en Europe.

Pour célébrer sa sortie de prison, Ether a retrouvé Utah à Paris courant Avril 2017. Le duo a rapidement renoué avec son modus operandi en défonçant les rues de la capitale à coups de tags et de throw ups.

Cette présence massive sur les stores et les camions parisiens n'a pas fait que des heureux, certains se sont empressés de toyer leurs throw ups, en signalant à qui veut bien l'entendre que ce seraient des balances (Snitch en anglais). On se perd un peu dans les allégations hasardeuses et les embrouilles internationales, largement relayées sur les médias sociaux, qui opposent Utah & Ether à de nombreux writers…

Pour faire taire les rumeurs, Ether a récupéré les vidéos de son audition précédant sa mise en détention en Australie, dans lesquelles on le voit répéter inlassablement la même réponse aux questions très précises des enquêteurs : No comment (sans commentaires). Une déposition filmée qui vient compléter la vidéo de leurs actions dans les dépôts de trains australiens.

Photos : Lepublicnme, Vitostreet, Locuality, Les Mystères de Paris, Maudit Français

writer's bench

Emmanuel Moyne, l'avocat des graffeurs

emmanuel-moyne-avocat des graffeurs-511

Emmanuel Moyne fait partie des avocats qui défendent régulièrement des writers lors de procès contre la SNCF ou la RATP.

On se souvient du désaveu cinglant pour les plaignants et le Vandal Squad lors du Procès de Versailles en 2012, un fait d'arme non négligeable qui a mis en lumière les pratiques douteuses des enquêteurs, de la SNCF et de la RATP, incapables de fournir des preuves tangibles et des devis crédibles.

Emmanuel Moyne, avocat d'affaires est le baveux préféré du graffiti et des graffeurs comme l'évoque Tomas Statius dans cet article pour Street Press.

Paris, à deux pas des Champs-Élysées – Dans l'entrée de l'appartement où Emmanuel Moyne habite avec ses deux enfants, deux petits mots gribouillés et collés à même les murs font office de comité d'accueil. Sur l'un d'eux, on peut lire :

« Stop à l'invasion de l'art »

Ou encore :

« L'appartement n'est pas un musée, PAPA. »

L'homme, chemise blanche, visage fin, et barbe de trois mois, ironise :

« Mes enfants protestent parce qu'il y a trop de tableaux. C'est leur manière de manifester. »

Chez Emmanuel Moyne, l'art déborde des murs. Masques autrichiens, peintures post graffiti, objets chinés au Mexique, et même un tapis à l'effigie de Mouammar Kadhafi, le dictateur libyen déchu… Ils encombrent les couloirs. La petite famille vit dans cet immeuble du très chic 8e arrondissement depuis quelques années. Avant, c'était à Marx Dormoy (18e) que l'avocat préféré des graffeurs avait posé ses tableaux et ses bouquins. Entre les junkies de la rue Myrha et les rails :

« J'adore ce quartier. Il est coincé entre deux voies de chemins de fer. C'est un endroit méconnu de Paris. »

L'avocat du graffiti

Ado, Emmanuel Moyne le confesse, il était plus fan de Donjons et Dragons que de rap, qu'il découvre avec NTM et Assassin. Il explique à mots couverts :

« A une époque de ma vie, je me suis intéressé à plein de choses qui m'ont sorti de l'endroit où je vivais. »

Comprenez, le 16e arrondissement de la capitale, dans un milieu bourgeois, aux côtés de parents plutôt à droite. C'est à la fac de droit de Malakoff que l'homme fait le grand saut. Il achète sa première œuvre d'art,

« Un multiple d'Irwin, un groupe d'artistes slovènes engagés et provocateurs qui détournait l'imagerie totalitaire. »

Avant de se piquer d'art africain et de graffiti :

« Entre 1990 et 1995, je suis allé voir beaucoup d'expos, dont celle organisée au Musée des Monuments Français en 1991. Mais, j'étais surtout attentif à ce que je voyais sur les murs. »

emmanuel-moyne-avocat des graffeurs-01-511

Aujourd'hui, cet avocat d'affaires est devenu l'un des défenseurs les plus farouches de la peinture vandale et de ses aficionados. De Marc-Aurèle Vecchione, réalisateur de Writers ou Antifas, à Oreak, graffeur parisien à qui la SNCF réclamait 630.000 euros pour ses tags, ils sont nombreux à avoir eu recours à ses services :

« Ce sont des dossiers que je prends en plus de mon activité de droit pénal des affaires. Ils demandent beaucoup de temps. Pour Oreak, c'est une procédure qui a duré près de 4 ans. »

emmanuel-moyne-avocat des graffeurs-02-511

Au final, le writer de l'Essonne a écopé de 8200 euros de dommages-intérêts en première instance, même si la SNCF a fait appel. La presse spécialisée salue l'exploit. Maître Moyne, lui, le joue modeste.

emmanuel-moyne-avocat des graffeurs-03-511

Graff It like it's hot

« Dans les dossiers de graffeurs, on retrouve davantage d'erreurs que dans d'autres affaires. Souvent la police n'enquête pas sur les faits mais sur les personnes. »

détaille maitre Moyne, costard bleu roi sur le dos, quand on le rencontre pour la première fois dans son bureau, à deux pas des Champs Élysées. Précis et pointilleux quand il prépare une audience, il examine le moindre détail de la procédure à l'affût d'une irrégularité. Dans le cas d'Oreak, de nombreuses photos de tags manquent à l'appel :

« On ne peut pas lui reprocher des dégradations pour lesquelles on n'a pas de preuve. Ce n'est pas possible. Il faut être précis, surtout en pénal. »

C'est à partir de 2002, quelques années après la fin de ses études, que l'homme se met à défendre la crème de la crème du graffiti. Il a été le baveux du magazine Graff It !, contre lequel la SNCF porte plainte suite à la publication de photos de trains graffés (2006). Ainsi que de plusieurs prévenus du procès de Versailles, la plus grande saga judiciaire de l'histoire du graff qui s'est achevée par un désaveu cinglant pour les plaignants et les enquêteurs (2012) :

« A l'époque, on était plusieurs avocats à être choqués par les perquisitions et le fait que des artistes soient mis sous contrôle judiciaire. On s'est dit qu'il fallait faire quelque chose. La SNCF et la RATP allaient loin. J'ai créé un collectif. »

Histoire de famille

Mais la vie secoue. En 2012, Nadia Benarfa, sa compagne et la mère de ses enfants, apprend qu'elle est atteinte d'un cancer. Elle est aussi sa partner in crime, au côté de laquelle il s'est engagé pour le graffiti :

« Elle a travaillé presque jusqu'à la fin. C'était une battante. »

lâche-t-il avec émotion.

Trois ans après sa disparition, l'avocate est toujours au pinacle de l'underground. Lors de l'enterrement, de nombreux graffeurs sont venus lui rendre hommage, dont Alexöne qui lui dédicacé une fresque. A Barbés, un camion a même été peint à sa mémoire.

« Il se promène toujours dans le quartier »

précise Emmanuel tout en cherchant la photo sur Instagram. Il confie vouloir aller de l'avant :

« il faut avancer. »

Mais tient tout de même à ce qu'on emporte un petit livret sur lequel sont imprimés plusieurs de ses discours, quand ils étaient tous les deux à la conférence des avocats :

« Comme ça, vous saurez qui elle était. »

Show must go on

A 46 ans, Maître Moyne aime toujours le graffiti. Celui qui s'exprime dans la rue et ne peut être domestiqué.

« Ça ne veut pas dire que je n'aime pas ce qui est montré en galerie. Pour moi le vrai sujet c'est l'authenticité. J'aime les vrais artistes. »

Chez lui, on croise des œuvres de Kaws et Jonone, deux stars du street-art, et une bibliothèque d'ouvrages consacrés à ce qu'il appelle les arts en marges :

« Je ne peux pas me cantonner à ne collectionner que du post-graffiti. J'ai besoin d'autres choses. »

Des dossiers de graff, il en a encore :

« Récemment j'ai défendu un writer. Il n'y avait aucune écoute de la part des magistrats. On ne peut pas sauver tout le monde. »

Il a des amis graffeurs mais n'est jamais allé peindre avec eux. Et si pour l'instant, ses deux enfants ne sont pas tombés dans la marmite, maître Moyne y travaille :

« Il n'y pas longtemps, ils m'ont posé des questions sur une petite statue qui est exposée dans notre salon. C'est un bon début. »

emmanuel-moyne-avocat des graffeurs-05-511

writer's bench

M.Chat échappe à la prison et écope d'une amende de 500 euros

M Chat échappe à la prison-511

Menacé par le procureur de 3 mois de prison ferme pour un graffiti tracé dans l'enceinte lugubre de la Gare du Nord à Paris, M.Chat devait attendre avec circonspection le verdict de la 29ème chambre du tribunal correctionnel de Paris.

L'objet du délit, Gare du Nord

L'objet du délit, Gare du Nord

« J'ai dessiné ce chat, ces roses et cet oiseau sur un quai dans un endroit particulièrement laid. A cette époque, il y avait dans le couloir de la gare RATP de la Gare du Nord trois murs recouverts d'oeuvres commandées à des graffeurs, dont Jérôme Mesnager. Je me suis dit qu'il fallait porter l'art plus loin, là où la beauté est complètement absente, et où les êtres humains sont contraints d'attendre leur RER dans un environnement hostile et laid. J'ai donc dessiné ce chat heureux, cerné de roses belles et menaçantes, et accompagné d'un oiseau porteur, dans son bec, d'un cœur. Cette œuvre évoque la beauté, la liberté et l'amour. J'ai choisi un support dont je savais, vu les travaux en cours, qu'il allait être recouvert. J'ai voulu donner aux passants, gratuitement, un bonheur éphémère. »
-M.Chat.

Prévu à 9h ce matin, le délibéré est tombé à 11h45. M.Chat échappe à la prison mais est condamné à une amende de 500 euros.

M Chat échappe à la prison-01-511

Reste à savoir si M.Chat et son avocate feront appel de cette décision :

« Monsieur Chat est condamné à 500 euros d'amende. Nous connaitrons la motivation de la 29ème chambre du tribunal correctionnel cet après midi. Mes demandes de nullités étant rejetées, je suis curieuse de savoir sur quel fondement le tribunal a condamné mon client, puisque le fondement applicable n'était pas visé par les poursuites! Le parquet, qui avait requis trois mois de prison ferme, est donc clairement désavoué par le tribunal. Reste qu'être condamné pour un dessin sur un support éphémère n'a pas de sens. »
Me Tricoire

Sources : Abdelhak El idrissi, Libé