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En Angleterre, prison ferme pour du graffiti sur trains

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On le sait depuis un certain temps, il ne fait pas bon être un trainwriter en Angleterre, surtout quand on se fait serrer après une enquête de plusieurs années. La justice anglaise est toujours prompte à prononcer des peines d'emprisonnement ferme pour de vulgaires histoires de graffiti. La propriété privée reste un bien sacré dans la mentalité anglo-saxonne. Condamné à 3 ans de prison ferme, Vamp en a fait les frais en 2013.

Dans cette nouvelle affaire mettant en cause les SMT, les médias locaux n'ont pas hésité une seconde à enfoncer le clou en décrivant le crew comme un véritable réseau mafieux, prenant ses ordres auprès d'un Parrain, Kieron Cummings, emprisonné au moment des faits.

Retour sur les faits de cette affaire complexe. Pendant plusieurs années, les fins limiers de la police ferroviaire anglaise sont payés pour traquer impitoyablement plusieurs membres du crew. En 2012, la police ferroviaire britannique ouvre une enquête suite à l'augmentation du nombre de trains peints par les SMT dans la région de Manchester. Les compagnies ferroviaires privées Virgin Trains, Chiltern Railways, Merseyrail, Northern, London Midland, le métro de Londres, Manchester Metrolink et Arriva Train Wales signalent de nombreuses actes de vandalisme sur leurs rames.

Photo : Ed. Dempsi

Photo : Ed. Dempsi

Après constatations et analyses, la police ferroviaire britannique déduit que ces actes sont l'œuvre d'au moins une personne, Dominic Leach, précédemment arrêté en 2013. Libéré sous caution, la police ne lâche pas l'affaire et continue son enquête pour démanteler un potentiel réseau. Au cours de l'enquête sur Dominic Leach, d'autres suspects sont identifiés (Niall Leach, Jake Goddard et Judah Hannaway), tous arrêtés en Décembre 2013. Comme Leach, ils sont libérés sous caution. Mais ayant de la suite dans les idées, les SMT continuent de peindre en Angleterre et à l'étranger, tout en filmant pour leur vidéo System Tumours 2.

Rebelote en Octobre 2014, Dominic Leach et Kieron Cummings se font serrer à Londres avant de peindre à la station Waterloo. Suite à la perquisition de leurs domiciles respectifs, la police trouve tout un attirail (bombes de peinture, gants, autocollants, pince coupe-boulons, caméras) qui conduit à une inculpation pour soupçon de complot en vue de commettre des dommages matériels, rien que ça ! L'enquête pour complot se poursuit et conduit à l'arrestation de 2 nouveaux suspects : Blake Feather et Christopher Thomas. Pas de chance pour eux, de nouvelles perquisitions conduisent à la saisie de matériel compromettant. La police trouve sur place des échanges de messages entre les membres du groupe, des vidéos, de nombreuses photos et des bombes de peinture.

« Dans un 1er temps, le crew SMT était suspecté d'être impliqué dans 64 attaques sur les différents réseaux de transport entre 2011 et 2013. Mais depuis leur 1ère arrestation, les membres du crew ont récidivé pour un total de 130 attaques. »
-Jonathan Dickinson, procureur

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L'officier chargé de l'enquête Tony McGibbon n'a pas eu la victoire modeste :

« Ce fut une enquête longue et incroyablement complexe qui a pris de nombreuses années. Au total, on reproche aux SMT à peu près 130 délits pour un cout de 300 000£. Nos efforts assidus ont payé, je suis heureux que chacun des condamnés soit derrière les barreaux. J'espère que cette condamnation envoie un message clair aux writers. Nous ne tolérons pas cette forme de criminalité. Le public peut évidemment contribuer à lutter contre ce fléau. Si vous remarquez un comportement suspect, n'hésitez pas à nous le signaler discrètement par texto. Nous continuons à travailler pour détruire l'activité de ces gangs, on fera tout ce qui est en notre pouvoir pour les traduire devant les tribunaux. »

Avant de rendre son délibéré le 12 Avril 2017, le juge chargé de l'affaire, Michael Leeming, a fait une déclaration qui fait froid dans le dos :

« Ces actes de vandalisme ont été commis uniquement pour prouver à ceux qui partagent votre mode de vie que vous en étiez capable, sans aucun égard pour une audience plus large, alors qu'il existe des endroits dédiés pour du street art de qualité. Ce genre de graffiti contribue à un état d'esprit de non-droit, ce qui est tout simplement inacceptable. Ce crime est d'autant plus grave, qu'il est planifié et organisé, un complot de grande envergure effectué pour votre propre satisfaction. Chacun d'entre vous savait que la conspiration dépassait ses actes individuels. A mon avis, ces infractions doivent obligatoirement conduire la plupart d'entre vous immédiatement en détention. »

Le verdict :

Dominic Leach : 14 mois de prison ferme
Niall Leach : 12 mois de prison ferme
Jake Goddard : 8 mois de prison avec sursis, mise à l'épreuve de 2 ans, 150 heures de travaux d'intérêt général
Judah Hannaway : 12 mois sous surveillance électronique, 150 heures de travaux d'intérêt général
Christopher Thomas : 13 mois de prison ferme
Kieron Cummings : 16 mois de prison ferme
Blake Feather : 12 mois de prison ferme

A la lecture de ce verdict, on peut se demander quel est l'avenir du graffiti radical, en rupture totale avec un street art béat, adoubé par les institutions, mais aussi s'inquiéter pour l'avenir de la contre-culture anglo-saxonne dans son ensemble… A méditer.

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Sources : British Transport Police, Manchester Evening News

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Une tagueuse de 86 ans arrêtée par la police suisse

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Il n'y a pas d'âge pour s'indigner, ni pour passer à l'action, aussi symbolique soit elle.

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Le 11 Avril 2017, Louise Schneider, 86 ans, a donné une sacrée leçon de désobéissance civile sur les palissades érigées de barbelés protégeant la banque nationale Suisse de Berne. Pour info, en 2016, cette banque a investi 800 millions de dollars auprès de producteurs américains d'armes nucléaires.

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Durant une récolte de signatures pacifiste (en vue d'obtenir l'interdiction du financement des producteurs de matériel de guerre) du Groupe pour une Suisse sans armée, le petit bout de femme a inscrit en tremblotant, avec une bombe de peinture à la craie : L'argent pour les armes tue.

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La police a procédé rapidement et sans heurts à l'interpellation de la mamie tagueuse. Son sourire n'a pas eu vraiment d'effet sur la maréchaussée, pressée d'en finir avec cette vandale du 4ème âge devant les caméras et les appareils photos des militants.

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En espérant que la GAV n'a pas été trop longue, Louise Schneider attend désormais que son acte soit jugé…

Sources : MTN-World, RT Deutsch, Tribune de Genève

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Arrestation de Clyde EHC à New York

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Belote et rebelote pour Clyde EHC. Après s'être fait serrer pour avoir peint des métros à Washington en 2015, il s'est de nouveau fait arrêter pour les mêmes faits, mais cette fois à New York, le 1er Février 2017.

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En 2015, après une année d'enquête, la police de Washington met la main sur Jordan Reese McConeghy alias Clyde EHC pour plusieurs peintures sur métro.

Jordan Reese McConeghy alias Clyde, Washington, 2015

Jordan Reese McConeghy alias Clyde, Washington, 2015

L'énergumène, ayant de la suite dans les idées, ne raccroche pas les gants pour autant. Il enchaine les peintures aux 4 coins du pays, que ce soit sur murs ou sur frets.

Clyde EHC, New York

Clyde EHC, New York

Suspecté d'avoir peint 26 rames dans 4 boroughs (Queens, Brooklyn, Bronx, Manhattan) de New York, la police a procédé à une perquisition durant laquelle ont été saisis 271 bombes de peinture, 2 appareils photos recouverts de tâches de peinture, 2 ordinateurs portables et 4 disques durs.

« Il est accro aux trains et au graffiti, il cherchait la gloire. »
-un membre de la police new-yorkaise

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Sources : NYDailynews, NBC Washington

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Interpol à la rescousse pour du graffiti

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Il semblerait logique que les budgets pour lutter contre le terrorisme, le chômage ou l'insécurité soient les priorités du moment, y compris à Milan. Que nenni, puisque c'est désormais pour du simple graffiti qu'Interpol se mobilise ! La municipalité de Milan et la société de gestion des transports en commun de la ville, en étroite collaboration avec la police locale, font décidément tout pour sonner le glas du graffiti sur métro. Multipliant les arrestations en flagrant délit sur les lignes jaune et verte, les autorités sont passées à la vitesse supérieure, allant désormais jusqu'à mobiliser les services d'Interpol pour poursuivre les auteurs d'une action backjump qui a mal tourné.

Un petit récapitulatif des dernières arrestations, car oui, il y en a eu encore…

Dans la nuit du 13 au 14 Octobre 2016, 2 writers australiens et 1 néo-zélandais (Saker, Resk et Tridate) se sont faits surprendre sur la ligne jaune dans un tunnel près du dépôt de San Donato.

Une fois de plus, la sécurité alarmée par le système de vidéosurveillance a immédiatement contacté la police.

Coupant toute retraite possible, la sécu et la police ont tout simplement cueilli les 3 writers bombes à la main.

Mais les arrestations en flag ne sont pas le seul moyen mis en place pour lutter contre l'invasion des writers étrangers.

Pour la 1ère fois, le procureur a demandé une assistance juridique dans les procédures pénales, conformément à la convention des accords de Schengen.

Les faits remontent à la nuit du 4 au 5 Février 2016, sur la ligne verte à la station Cimiano. 4 writers étrangers, après avoir tiré le signal d'alarme d'une rame stationnée dans cette station, ont peint en backjump en compagnie de 2 autres personnes, dont un Italien.

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Mais ces derniers se sont fait attraper. Après 8 mois d'enquête et avec l'aide d'Interpol, les 4 writers étrangers ont tous été identifiés et localisés en Allemagne et en Autriche grâce aux renseignements recueillis sur les téléphones portables de ceux qui se sont fait arrêter en flag.

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L'action filmée à la Gopro a circulé rapidement sur le web, ce qui a aussi fourni de nombreux indices à la police.

Résultat de l'opération, un matin du début du mois d' Octobre 2016, les policiers milanais accompagnés de leurs homologues allemands et autrichiens ont procédé aux perquisitions des domiciles de Rotik, Olta, Nato et Clonco… pour un backjump.

Ça laisse rêveur, à la vue des échecs répétés des différents services de police pour enrayer les vagues terroristes récentes en Europe. 125 agents de la sécurité, dont 64 embauchés en 2015, ont récemment été déployés pour protéger les rames du métro de Milan… On voit où sont les priorités sécuritaires, la messe est dite.

Source : Milano Repubblica

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Graffitis anti-police à la fac de la Sorbonne, Cazeneuve porte plainte

Graffitis antipolice à la fac de la Sorbonne, Cazeneuve porte plainte-01-511

Petit rappel des faits, samedi 8 Octobre 2016, 10 individus ont attaqué à coups de cocktails Molotov 2 véhicules de la Police Nationale dans le quartier de la Grande-Borne à Viry-Châtillon, sur fond de vague guerre de territoire.

Malheureusement deux policiers, une gardienne de la paix et un adjoint de sécurité, ont été grièvement brûlés, et deux autres ont été blessés. Certains policiers ont depuis entamé une grève du zèle, en attendant que les auteurs de ces actes soient arrêtés.

C'est dans ce contexte que des petits malins se sont amusés à tracer des graffitis anti-police dans l'enceinte de l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne, rue de Tolbiac.

« Il n'y a pas de mot pour qualifier ça! Au moment où un collègue est entre la vie et la mort, c'est ignoble de lire des choses comme ça! »
-Yvan Assioma, responsable du syndicat Alliance-Police Paris

Les politiques et les journalistes se sont empressés de relayer et de commenter ce qui aurait pu être considéré comme un épiphénomène, une connerie d'étudiants. Un simple coup de peinture blanche aurait pu suffire. Mais le Ministre de la Justice a préféré en ajouter une couche.

« Les auteurs de ces inscriptions seront identifiés et interpellés. Ils devront en répondre devant la Justice. Ces insultes et incitations aux violences contre les représentants des forces de l'ordre, qui chaque jour exposent leur vie pour protéger celles des autres, sont intolérables et seront sanctionnées avec la plus grande sévérité. »
-Bernard Cazeneuve, Ministre de la Justice

Ce n'est pas une première pourtant, on se souvient qu'en Mai 1968, l'université de La Sorbonne était entièrement recouverte de graffitis et de slogans contestataires. L'université s'est alignée en annonçant dans un communiqué, qu'elle portait plainte à la suite de :

« messages intolérables à l'encontre des fonctionnaires de police laissés sur ses murs, aux antipodes des valeurs qu'elle défend. »

Sans excuser le geste imbécile des assaillants de Viry-Châtillon, on assiste donc à une tempête dans un verre d'eau, peut être censée nous distraire des problèmes évidents éprouvés dans certaines banlieues depuis de nombreuses années…

Source : Libé