Interview: Dems 333 d'Espagne

Dems 333 est indiscutablement l'un des peintres les plus importants du graffiti espagnol, marquant  des tendances et exportant son nom à travers le monde. Velvet Liga l'a interviewé, nous avons traduit.

Tu es connu par la majorité des gens, mais on aimerait que tu nous parles un peu de ta trajectoire, pour ceux qui ne savent pas qu'il y a du graffiti à Elche, en Espagne.

Il y en a, crois-moi. J'ai commencé en 92-93, et ce n'est qu'en 97 que je me suis rendu compte que je le faisais avec le mauvais blase. Depuis Dems a surgi parmi tant d'autres et par chance j'ai choisi celui-là, cette magie qui m'a permis de me différencier des autres, et maintenant je vis dans l'obsession d'écrire mon nom de guerre de toutes les manières possibles jusqu'à épuisement.

En parlant d'Elche, en arrivant dans la ville par la route on peut constater que vous avez ravagé tous les murs antibruit, les voies, le centre-ville, les zones industrielles… c'est pourtant une petite ville. Vous n'avez aucun souci avec la justice ?

Il n'y a pas de soucis à avoir avec la justice si elle ne te cherche pas. En Espagne la loi est trop faiblarde, ce qui joue en ta faveur si tu veux poser ton nom fréquemment. Je n'ai jamais eu de sérieux problèmes et ils ne m'ont jamais attrapé en faisant quelque chose d'illégal et même s'ils me chopent…  Je continuerai à le faire.

Comment vois-tu le graffiti  à Elche ? Que s'est-il passé pour que le niveau soit aussi bon et depuis tant d'années ?

Plusieurs fois je me suis posé la question. Je suppose que c'est un endroit parfait pour ça, petit mais avec une infinité de possibilités. Depuis le début il y avait une essence ici,  je me suis rendu compte que les gens avec qui je faisais du skate à 12 ans, se sont mis plus tard à la danse et à la peinture. Je me rappelle des premiers noms : Mofe Z, Sly-T, Bop2, Aito100 et RoshWild (333)… suivis de Deik, Ader, Siria2, M1, Borak et Tees (FAC), AKA, STK, NBK, Rten, More, Siko6, Roy, Cms, etc…Tous ont laissé des traces qui pour moi aujourd'hui, sont des classiques et je suppose que c'est ce qui fait d'Elche une ville immortelle.

Et le panorama espagnol ? Le reste du monde ?

Tu veux des noms ? En ce moment, je dirais Iesk et Satone.

Tu as peint un peu partout dans le monde. Quel différence vois-tu entre l'Espagne et les autres pays concernant les évènements, les spots, les moyens ?

Ici le climat est déjà un gros avantage. Dans les autres pays ils s'arrangent pour peindre en intérieur l'hiver, ils trouvent des lieux couverts un peu en mode hippy, chez nous les Espagnols, on a plus l'habitude d'être un peu trop agités, des endroits pareils en Espagne termineraient en flammes.

Que dirais tu à une personne qui pense que ta peinture est trop grand-public et que tu peints pour l'argent ?

Je ne sais pas ce qu'ils veulent dire par « grand-public », mais cette sélection de photos que je montre ici, c'est ma production de ces deux derniers mois. Où est le business parmi ces pièces ? Je n'aime pas assimiler mon nom de guerre avec tout ce qui est commercial. C'est mon alter ego, je prends soin de lui et j'utilise seulement ses super-pouvoirs dans la rue. Si quelqu'un est prêt à payer pour un travail graphique, décoratif ou un poil de mon cul, bien sûr que dans la plupart des cas je ne le refuse pas. Mais je reste à des années-lumières de vendre mon nom de graff.

Que penses-tu du graffiti sur trains ?

J'essaie d'éviter les vices quels qu'ils soient, parce que c'est la seule chose où avec le temps tu en sortiras perdant. Et pour moi la drogue des trains, c'est ce qui finit par convertir le graff en vice. J'ai été accro un an ou deux, c'était bien cool et j'ai toujours savouré mes victoires. Je me suis promis que je n'en ferai plus, mais bon, on verra bien.

Objectivement, on ne peut pas nier qu'un fort pourcentage de graffeurs t'a suivi depuis plus de 10 ans, à un moment untel te pompait, puis un autre : une phase par-ci, un nuage par-là… Avec le temps pas mal d'entre-eux ont gagné un peu de reconnaissance. Qu'en penses-tu ?

En partant du principe que tout a déjà été inventé, les ingrédients sont là : formes et couleurs. Chacun le cuisine à sa sauce.  S'il y en a un qui perd la main et qui se brûle, c'est son problème. C'est très facile.

En parlant du passé; nous pensons que le style vient par une manière d'être, un cadre, un style de vie. Que penses tu des gens qui font des styles super-agressifs mais qui ne peignent pas en mode vandale ?

A mon avis, le caractère de chacun n'influence pas tant que ça dans le style ou dans la manière de peindre. Il est important pour moi d'agir par passion et pour me convaincre moi-même, plus que pour les qu'en-dira-t-on, et si tu n'es pas satisfait de ce que tu fais… Pourquoi tu le fais ? Je respecte autant celui qui ne fait  que des graffs les weekends que celui qui fait des chromes toutes les nuits, même si le rythme n'est pas le même, chacun suit ses règles selon ses moyens.

Comme ceux qui peignent des éléments cosmiques de Jack Kirbi, peut-être sans avoir jamais lu aucune de ses BD, juste parce qu'ils les ont vus sur les peintures d'un autre graffeur, qui lui aura réellement grandi avec…

Bon, Je ne pense pas non plus que tous ceux qui peignent ont grandi avec des comics de Vaughn Bode. Je pense que le Cheech Wizard est une icône géniale mais déjà trop utilisée. Tu ne trouves pas ? Mon syndrome de dyogène ne fût pas développé totalement avant mon adolescence, car tous les comics de mon enfance je les ai perdus et c'est ce qui a fait que je m'en suis totalement détourné. Le travail de Jack Kirbi est fantastique, ses personnages, ses scènes, ses atmosphères… il aurait été un parfait président des États-Unis.

Aimes-tu les styles qui poussent le « back-to-basic » à l'extrême, arrivant presque à la laideur ?

Comment à l'extrême ? J'aime la simplicité du graff, simple, traditionnelle, mais pas forcément comme si tu l'avais fait complètement bourré avec de la mousse à raser. Beaucoup de nouveaux s'acharnent à sortir cette esthétique comme s'ils utilisaient le DeLorean de Marty McFly, ça peut être cool mais jusqu'à un certain point.

Que penses-tu du graff politiquement correct ? Certains, dans leur volonté de défendre le graffiti en tant qu'art, renient le côté vandale.

Tu ne peux pas « accrocher une auréole d'ange à la queue d'un diable et la montrer au maire », et si tu le fais…Mens lui ! Le graffiti est né sale et avec l'envie de détruire, alors tu auras beau peindre des bébés hyperréalistes ou des personnages qui louchent et portent un masque par exemple,  tu ne changeras pas les règles du jeu pour autant.

Changeons de sujet. Vous prétendiez faire un megacrew avec les PornoStars… Que s'est-il passé ?

Mais non mon pote, c'était pas mon intention. PS est survenu alors que je peignais un mur avec Okan et  Seleka fin 99 à Barcelone. Je ne me rappelle plus bien pourquoi, mais j'ai marqué cette connerie sur le mur. Depuis ce moment là, on a commencé à fonctionner avec ce nom et ensuite se sont incorporés plus de gens et avec le temps encore plus d'amis de ces derniers. Ce qui était une association de plusieurs groupes de potes avec qui on a fait connaissance en peignant, a fini par devenir quelque chose qui a débordé du cadre à cause de certains qui n'étaient pas les membres d'origine… même si je les remercie car je préfère le groupe tel qu'il est aujourd'hui ! J'ai invité Dibo et Kies qui sont parmi ceux qui le posent encore avec moi.

Tu bouges avec Sozyone depuis qu'il vit en Espagne, tu fais maintenant partie des  UltraBoys… Quelle importance donnes-tu à ces connections ?

C'était comme si j'avais rencontré l'œil de la pyramide. Je connais Jaba depuis longtemps et on avait eu un bon feeling, comme s'il avait du sang espagnol, et pareil avec Sozy : « Sangre Española, Cojones de Toro ». UB's est un groupe de « supervillains » dans lequel, en plus du graffiti, chacun a une fonction  et un plan machiavélique pour en finir avec l'espèce humaine…

A part peindre autant comme tu le fais actuellement, as-tu un projet à long terme ?

Pour le moment on passe nos dimanches dans notre caravane à cuisiner du cristal et on cherche la formule parfaite. Si tout va bien, cette année nous peindrons une vipère de 3km… imagine ce que l'on peut faire avec tout ce venin. Un toast à votre santé et pour les fidèles lecteurs du blog !

Source : Velvet Liga

2 commentaires

  1. scien le

    bonnes pièces, bon état d’esprit

  2. super cool!
    grand merci a vous pour avoir traduit cet interview
    je l’avais vu aujourd’hui sur velvetliga mais ce fichu microsofttranslate n’a pas livré de bon resultat 😀