Jaba: une ville sans graffiti est une ville sans âme

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Les conférences TED (Technology, Entertainment and Design), sont une série internationale de conférences organisées par la fondation à but non lucratif Sapling foundation. Cette fondation a été créée en 1984 pour diffuser des idées qui valent la peine d'être diffusées. La conférence TED définit sa mission comme propagateur d'idées, et met gratuitement à la disposition du public les meilleures conférences sur son site.

En Avril 2016, Didier Jaba Mathieu a été invité à participer à une conférence TED à Liège pour transmettre sa vision personnelle du graffiti, tout en peignant une toile en live.

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Né en Arménie, Jaba déménage à Liège à l'âge de 14 ans pour poursuivre ses études à l'Institution Saint-Luc, spécialisée dans l'illustration. Il participe à de nombreuses expositions en Europe et en Amérique du sud avant de s'installer à Singapour pour travailler pour Light & Magic, une division de Lucasfilm. Il intervient alors sur différents longs métrages comme Transformers, Iron Man, Star Trek tout en continuant à peindre des murs et à produire Enemies, une série de nouvelles graphiques avec Sozyone Gonzalez.

Des extraits de la conférence traduits, accompagnés d'oeuvres de Jaba :

« Une ville sans graffiti est une ville sans âme, dans ce monde mon nom est Didier Mathieu, dans mon monde, mon nom est Jaba. Je suis allé dans des centaines de villes du monde entier et j'ai eu la chance de peindre dans la plupart d'entre elles. Des milliers de murs, des centaines de trains, des throw ups, des tags ,des stickers… Je suis juste un writer (écrivain) persévérant parmi des milliers et des milliers d'autres writers comme moi. Oui, je suis un writer parce que c'est ce que je fais, écrire. C'est qu'on fait, on écrit notre nom partout. On est des writers , mais on n'écrit pas de poèmes, ni de critiques, ni de romans. On écrit notre alias ou le nom de notre crew. »

« Il y a toujours ce moment dans la jeunesse ou on se fout absolument de tout. C'est généralement à cet âge là qu'on défonce les rues. Le genre de choses qui irrite des gens comme vous je suppose. Imaginez que vous êtes un jeune qui grandit en ville et qui commence tout juste à comprendre que quelque chose ne tourne pas rond. Vous n'avez pas beaucoup d'informations ni de connaissances spécifiques mais vous prenez peu à peu conscience que vous n'avez ni envie de suivre, ni envie d'obéir. Ce monde n'est pas fait pour moi, pourtant je veux exister. Vous finissez par exister dans un autre monde, celui du graffiti. C'est dans ce nouveau monde qu'on peut devenir un King, non par filiation ni par l'argent qui permet d'acheter un titre de noblesse. Mon monde est fait de royaumes, chaque ville en est un, et chaque ville a son propre King. »

« Dans la rue, ce n'est pas celui qui peint les plus beaux murs qui obtient le titre de King. C'est celui qui le plus de courage et de détermination à sortir tous les soirs, à dormir le moins possible pour pouvoir peindre les spots les plus fous. Voler des bombes de peinture pendant la journée pour les vider avant le lever du soleil. On ne peut pas faire semblant. On est juste un writer de plus et la rue en est le seul témoin. Être un King dans le graffiti ne dure jamais longtemps, il y aura toujours des writers plus fous, plus déterminés. Chaque saison, le titre de King peut être contesté, parce qu'il n'y a pas de limites à la folie quand il s'agit de style et de rendement. Dans mon monde, j'ai des potes noirs, blancs, arabes, latinos, juifs, asiatiques, l'ensemble du spectre des tons de l'épiderme. Une incroyable diversité culturelle animée par la même passion, le graffiti. »

« L'Histoire de l'art devrait juste reconnaître le graffiti comme un mouvement. Le street art n'étouffera pas l'effort de milliers de writers qui sont restés authentiques depuis plus de 40 ans. Le street art est accepté par de nombreuses villes comme quelque chose de cool. Le street art cultive l'individualisme et est politiquement correct, même s'il prétend être critique et contre le statu quo. C'est une pratique parfaite qui s'inscrit dans l'égoïsme opportuniste qui suit les pas de la publicité. Avec le street art, il s'agit toujours de faire de l'argent et de s'acheter une bonne conscience. »

« Je me souviens être allé à Belfast il y a près de 15 ans. Ce quartier était plein de pièces étonnantes réalisées par des writers du monde entier. Je suis tombé sur une pièce de Sever, elle avait l'air d'avoir été peinte la veille. Je suis donc allé demandé si Sever se trouvait encore dans les parages. Cette pièce datait de 3 ans. Les gens du quartier m'ont dit qu'ils prenaient soin des peintures murales et qu'après avoir vécu pendant 15 ans entourés de fresques mémoriales représentant des martyres de la guerre contre l'IRA, ils avaient envie d'un peu de distraction. Ils prennent donc soin de certains murs parce qu'ils leurs plaisent et qu'ils ne sont pas partisans. »

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L'intégralité de la conférence de Jaba non sous-titrée :

11 commentaires

  1. pioupiou le

    De la meme maniere qu’un street artiste n’a pas la legitimite pour parler de graffiti, pourquoi un mec qui ne fait quasi exclusivement que des fresques subventionnees ou en terrain aurait-il la legitimite de parler du graffiti dans son ensemble ?

    Bon apres ce qu’il dit n’est pas faux, mais est terriblement creux. C’est exactement le genre de discours ecrit par des doctorants ou profs de fac qu’on entend depuis des decenies. Et puis pretendre « s’opposer a l’establishement et bouleverser le status quo » quand on gagne sa vie en grattant des suventions municipales ou en bossant pour l’industrie du cinema, ca fait un peu rebelle en carton.

    • Donjon le

      Le problème de ces fresqueurs qui sont passés par le vandal dans leurs vies et qui le revendique jusqu’au b out, n’empêche que je préfère ce genre de fresqueur, que des mecs qui rejettent en bloque le delire vandal, quitte a dire « ça donne une mauvaise image du graffiti blala » et dieu sait qu’il y en a!!
      Donc discoure simpliste mais cohérent.

  2. pwetpwet le

    @pioupiou: « Quand on sait pas, on … »

    • zip zap rap le

      « On l’ouvre, on se trompe, on apprend de ses erreurs et on rectifie sa pensée. »

  3. RER V le

    pioupiou tu connais jaba? effectivement, quand on connait rien du graffiti passé on se tait plutôt que de dénigrer un gars qui connait davantage que des ados puérils en mal de sensation.

  4. RER V le

    Le graffiti en France: rester un mec qui fait uniquement de la « street », du chrome, des voies ferrées,…
    quelle ouverture d’esprit! j’aime le vandal pur et dur, mais je respecte tout autant un gars qui fait des superbes fresques à thème, des couleurs en terrain avec des bons lettrages car ça reste du graffiti. La mentalité française du graffiti est très élevées! dès que tu fais un expo: t’es un traitre capitaliste! bravo l’intelligence et la tolérance! avec certains graffeurs on se croirait presque au congrès du parti communiste bolchévique. Continuez comme ça les gars et vous irez loin.

    • freddy krueger le

      « Le graffiti en France: rester un mec qui fait uniquement de la « street », du chrome, des voies ferrées,… »
      t’as vu ça ou toi ? presque tout le monde fait aussi du terrain ou en a déjà fait, a Paris en tout cas…

  5. ora le

    Jaba. c’est un king du graffiti en en belgique et en Europe. Jnc starflam respect !!!

  6. Nosifone le

    Mr Jaba n’a rien à prouver à cette nouvelle génération qui prétends et se vaut meilleurs que les autres, bien au contraire si il en es là aujourdhui c’est grâce à son taf depuis plus de 20ans, à peindre au 4coins du globe,et pour info à voir peindre sur train ou mur, c’est un régal pour les yeux..Alors « quand on sait pas..on se la ferme »

  7. pioupiou le

    Mais oui, les mecs qui ont 30 ans de graffiti, qui auraient ete les kings dans la rue ou sur les trains et dont on ne voit que des fresques en terrain je ne les compte plus. Tiens un exemple : Pro GT (d’ailleurs de la meme equipe que Jaba…). Le mec nous rabache sans cesse son passe de vandale, de tapeurs de trains. De ses trains j’ai du en voir que 3 photos a tout casser (dont un panel sur metro, tres joli au demeurrant), mais pour combien de fresques en terrain et de toiles en galeries ? Avoir fait de l’illegal pendant ses jeunes annees et passer les 20 qui suivent a faire que du legal ne donnent pas pour moi la legimitimite de parler au nom du graffiti illegal. Depuis 20 ans il y a eu combien de cartonneurs ? de mecs qui ont passe la barre des 1000 trains ? Suffisament pour en trouver un pour parler du graffiti illegal dans une conference.

    Alors oui je veux bien entendre le sempiternel dicton « quand on sait pas on parle pas ». Mais quand un mec est capable de t’ensevelir sous une tonne de photos en terrains et pas capable d’en faire autant avec des photos de trains, il est legitime de se poser des questions. J’ai passé l’age de prendre pour acquis ce que les generations precedentes veulent bien nous raconter. Peut-etre que sur ce cas precis je me trompe, mais dans l’ensemble, je suis surement plus dans le vrai que le mec qui va gober tout ce que les anciens racontent sans excercer son esprit critique.

    • freddy krueger le

      « Suffisament pour en trouver un pour parler du graffiti illegal dans une conference. »
      et non tout simplement parce qu’aucun ne voudra perdre son temps et son anonymat dans une « conférence » sur le graffiti…