Interview Antistatik

Graffuturism a réalisé une interview en anglais du collectif français Antistatik qui réalise de grandes fresques d'inspiration abstraite, on s'est occupé de la traduction.

Peux tu présenter Antistatik ?
Antistatik a été conçu en 1998/1999 par Aloux, 345, Sly et moi. St-Ez, Ugoe, Siro, Jean nous ont rejoint par la suite. Nous étions libres de faire ce que nous aimons en suivant ou pas les paramètres traditionnels du graffiti. Chacun amenant sa pierre à l'édifice : architecture, illustration, musique ainsi que techniques et matériaux. J'ai toujours beaucoup plus peint que mes partenaires et j'ai toujours signé mes pièces Antistatik. Mais avec le temps on ne savait plus qui faisait quoi ! Je travaillais pour des galeries qui ne saisissaient pas pourquoi je signais pour mon crew et non pas de mon nom. Nous avons donc débuté une nouvelle histoire, les mêmes personnes avec le même esprit mais avec un autre nom : Orbit 119. Erico, un graffeur old school s'est greffé au crew. Maintenant chacun a sa place et travaille de manière totalement indépendante, ce qui est le plus important. Quant tu crées il est primordial de se sentir libre ! Je pose toujours Antistatik mais seul. Orbit 119 est un crew directement issu du style et de l'esprit Antistatik : sale, destroy, graphique et expérimental. Pour conclure, Antistatik, comme son nom l'indique est en perpétuel mouvement et en recherche constante de création.

Donc, Antistatik est un nom de crew qui est devenu ton propre nom ? Je ne m'y retrouve pas vraiment quand je vois des graffeurs en France ou en Europe peindre un grand mur qui ressemble à l'œuvre d'une seule personne alors que c'est le résultat de la collaboration de plusieurs artistes. Dirais-tu que faire partie d'un collectif a influencé ton style ?  Il semble qu'en Europe peindre un mur à plusieurs est plus important que peindre une pièce pour soi, de manière plus individualiste ?
Je pense être plus inspiré par mes partenaires qu'ils ne le sont par moi même. Je peins plus et montre mes réalisations, nous en parlons et cherchons des directions intéressantes à prendre. C'est important pour moi que chacun dans le crew puisse s'exprimer, c'est peut-être pourquoi un mur fait à plusieurs peut ressembler à l'œuvre d'une seule personne. Je ne sais pas pourquoi c'est comme ça en Europe. Peut-être préférons nous plus une grande image harmonieuse qu'un assemblage de petites pièces très différentes sur un mur. Par exemple, je vois un mur comme un tableau, comme une image, une sensation, une dynamique. Nous sommes peut-être moins individualistes. De toutes façons, c'est moins facile de réaliser un mur harmonieux à plusieurs qu'un mur sans queue ni tête ou chacun fait son propre style. Nos murs sont le résultat d'un travail d'équipe. Peut être qu'en Europe nous avons de plus petits crews qu'aux États-Unis. Plus le crew est grand, plus il est difficile de connecter tout le monde. Je pense que nous avons initié quelque chose de nouveau et nous apportons un peu d'air frais dans le graffiti. L'innovation est le maître mot.

J'aime beaucoup le rendu des murs que vous peignez et c'est intéressant de voir un travail d'équipe dans un milieu qui prône l'individualité. A quoi ressemble votre scène locale ? Il me semble que les graffeurs français ont une conception très ouverte du graffiti?
La France est un pays attaché à ses traditions (politique, éducation, enseignement) mais on fait ce qu'on veut.

J'ai vu que tu peins des toiles, comptes tu exposer un peu plus en galerie ?
Je peins des toiles quand j'ai l'énergie et le temps de le faire. La toile est un autre monde. Je dois plus me concentrer. Comme je l'ai déjà dit la toile et le mur ne sont pas bien différents. J'ai parfois besoin d'autres outils. Je teste de nombreuses techniques à l'extérieur que j'utilise ensuite en atelier. Je travaille en ce moment avec une galerie en Allemagne et nous prenons le temps de bien faire les choses. Le graffiti sur toile est un phénomène nouveau pour de nombreuses personnes, ma manière de peindre n'est pas traditionnelle, moins facile à aborder, bref je fais mes trucs, murs, toiles… Ce qui est important est de produire et de produire bien.

Comment se porte la scène artistique locale avec tous ces nouveaux street artistes et graffeurs qui rentrent dans le monde des galeries ?
Je n'ai pas vraiment d'opinion sur la scène locale, chacun fait ce qu'il veut ! Chacun est libre de faire de bonnes choses ou de la merde. Je me concentre sur ma production, ce qui me prend déjà beaucoup de temps.

Comment vois tu ton avenir ?
Je veux juste transmettre ce message simple : l'innovation passe par la production. Je ne pense pas à l'avenir, je peins, c'est tout. C'est toujours plus simple comme ça.

Quelles sont tes influences ?
Les nuages, le ciel, une forme, une lumière, une vieille voiture…Je prends le tout et je mélange.

Comment les gens peuvent ils avoir une idée juste de ton approche de la peinture, quel est ton propos ? Par exemple, est ce qu'il y a une couleur dominante ou un mouvement qui prédomine la réalisation de tes fresques ? Quand les gens regardent de la peinture abstraite ils y voient ce qu'ils veulent, quand je regarde ton travail, je vois à la fois un mouvement et une structure.
La base de mon travail (quand je ne fais pas de perso) est la lettre, mais j'essaie d'y apporter de l'émotion. De la violence, et de la brutalité, j'essaie souvent d'apporter l'énergie d'une pièce illégale sur un spot légal. La réalisation doit être rapide même s'il a fallu du temps pour réaliser un sketch. Si les gens ne peuvent pas lire ce n'est pas un problème pour moi. Le mouvement, la clarté d'une structure, comme un architecte je trace des lignes, je les coupe. Nous savons que beaucoup de gens écrivent de gauche à droite, commencez par la fin ou le milieu et vous aurez alors de nouvelles lignes, une nouvelle dynamique. Je fais toujours des freestyles, pas de sketch, tout vient spontanément, le résultat est bon ou mauvais, c'est la règle du jeu. Le mouvement et la structure sont indissociables, chaque jour est différent du précédent et c'est pareil pour un mur. Des couleurs ou du noir et blanc, je peins avec ce que j'ai.

Source : Graffiti Art Magazine

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