
Mardinoir analyse 10 ans de collage sur son blog à travers la destruction programmée de ses travaux.
L’obsolescence programmée (aussi appelée désuétude planifiée) consiste à créer un bien en prévoyant sa date de désuétude.
« Par ce procédé, des fabricants conçoivent des objets dont la durée de vie commerciale (mais pas nécessairement la durée de vie technique) est délibérément courte. Ce stratagème oblige ou incite les consommateurs à remplacer rapidement leurs produits, et donc, à acheter de nouvelles marchandises. Dans certains cas, les fabricants ajoutent sciemment des défauts de conception à leurs produits. »
Wikipédia
Depuis maintenant plus de 10 ans et au delà de ma collecte d’images, je cultive par le biais de mes interventions dans l’espace public une dimension temporaire. Les médiums employés jouent d’un enchaînement de techniques de reproductions multiples. L’appauvrissement graphique de mes motifs est volontaire et je cultive également une forme de surabondance de l’image (prolifération, matraquages en série).
Le graffiti est par essence-même un art éphémère. Les tags sont effacés, les murs repeints, les vitres des abris bus remplacées. L’affichage sauvage n’exclut pas cette règle. Dans l’espace urbain, cette pratique est d’avantage sous l’influence de ce principe. Les collages dans la rue sont plus fragiles et subissent plus rapidement les aléas du temps. Les affiches sont déchirées, ou repassées quasi systématiquement.
Au sein de ma démarche durant ces dix dernières années, je n’ai cessé d’alimenter ce processus. Tout d’abord par le choix de mes supports d’intervention: vieux murs, maisons abandonnées, palissades de chantiers, vitrines de magasins vacants. Dans un tissu urbain en perpétuel mutation, la plupart des lieux et des surfaces choisis sont voués à disparaître. Corrélativement, mes collages ont ce même destin. Ainsi, je cultive délibérément cette volonté de ne pas m’inscrire indéfiniment dans cet espace.
Par contre, j’opère un renouvellement dans la fréquence de mes actions qui tend à identifier mon style graphique de façon durable dans la sphère publique.
Si ma pratique a évolué, le dynamisme qui l’anime reste le même. Mes collages ne s’inscrivent pas dans une démarche pérenne. En revanche, je réalise un suivi photographique de mes actions devenant le témoin de mes propres interventions.
J’essaie de capter les évolutions à partir du moment où je colle jusqu’à la disparition totale des images où les motifs ne sont plus identifiables, où il ne reste plus aucune trace. L’exemple des interventions dans les bâtiments prêts à être détruits souligne cette vocation. La démolition de ces lieux entraînant irrémédiablement la perte des affiches, rentre alors pleinement dans le processus de création mis en place. À travers cette série de photos compilant une partie de mes travaux réalisés ces dix dernières années, j’ai souhaité mettre en avant cette position de témoin que je m’attribue lorsque je capte les évolutions de mes collages et autres bricolages. Il ne s’agissait pas de compiler le meilleur de mes interventions, mais plutôt de mettre en avant les ratés, les défauts de fabrication et de conception de mes images, de montrer les aléas du temps afin de souligner justement ma volonté de rattacher ma pratique à ce concept de désuétude planifiée.
Et même si certaines actions se différencient des autres par une longévité supérieure à la moyenne de celles entreprises en général, ça n’est que pour mieux mettre en avant la dimension éphémère à laquelle mon travail se rattache dans son ensemble.
Impression thermique au fax, Rennes 2000. Voici le premier motif avec lequel j’ai commencé à investir la ville par le collage. L’image était déclinée sous différentes versions :

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