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Shahak Shapira tague des tweets haineux devant le siège de Twitter

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Sous couvert de liberté d'expression, de nombreux messages haineux, antisémites et racistes sont régulièrement publiés sur les réseaux sociaux. Selon les plateformes, les politiques de modération varient, comme l'artiste allemand Shahak Shapira a pu le constater.

« Ces 6 derniers mois, j'ai signalé près de 450 commentaires haineux à Twitter et Facebook. Des choses que personne ne devrait dire ou lire. J'en ai signalé 150 à Facebook qui en a supprimé 80%. J'en ai signalé près de 300 à Twitter. Je n'ai reçu que 9 réponses ces 6 derniers mois.[…] Si Twitter m'oblige à lire ce genre de trucs, alors il n'y a pas de raison qu'ils ne le voient pas aussi. »
-Shahak Shapira

Décidé à agir, le 7 Aout 2017 l'artiste a reproduit au pochoir une sélection de tweets haineux non modérés devant le siège de Twitter à Hambourg, en Allemagne.

Pour un résultat plutôt mitigé :

« Il est 10h, la police est venue puis est repartie, rien ne s'est passé. Le sol a été nettoyé mais seulement sur le seuil de l'entreprise, ce qui correspond à la politique de modération de Twitter : nettoyer le pas de sa porte, le reste ne les concerne pas. »
-Shahak Shapira

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Graffiti nationaliste: La Cagoule

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Oui vous avez bien lu, du graffiti nationaliste ! Pas les habituels slogans xénophobes mal tracés au pinceau sur les ponts d'autoroute… non non, du « vrai graffiti » au sens ou nous l'entendons habituellement, sur des trains ou dans les terrains vagues, avec des lettrages, des persos et tout ce qui va avec. Que les antifas aiment le graffiti n'est pas une nouveauté… mais à l'autre extrémité de l'échiquier politique, c'est déjà plus rare. En dépit des clichés, le monde des writers, bien qu'uni par la passion de la peinture, est loin d'être lié par des idées ou des valeurs communes; et c'est encore plus vrai aujourd'hui qu'hier, à l'heure ou la société française dans son ensemble est de plus en plus divisée : le graffiti en est le reflet.

Notre article sur Zeon, graffeur et dessinateur controversé, nous avait déjà valu il y a quelques années les foudres de la bien-pensance, par commentaires interposés. Pourtant, nous nous permettons de le rappeler Ici encore, il n'est pas question pour nous de promouvoir de quelconques idées politiques, donc pas la peine de nous accuser de faire de la pub aux uns ou aux autres : il nous a simplement paru intéressant d'en savoir plus sur ces graffeurs qui se revendiquent d'une mouvance dont nous avions rarement entendu parler jusqu'à présent… du moins dans la sphère du graffiti.

Ainsi depuis quelques temps, une page Facebook intitulée La Cagoule dédie son contenu au graffiti sur trains et sur murs… mais pas n'importe lequel : le « graffiti nationaliste français ». Dans un contexte politique très marqué à droite, on y trouve pêle-mêle des références à l'Histoire de France (Charles Martel, Charlemagne), des punchlines, et de très nombreuses pièces politiquement engagées. Les membres de La Cagoule, ouvertement anticommunistes, y affichent leur mépris de l'Union Européenne et clament haut et fort leur fierté d'être français et nationalistes.

Avant toute chose, un rapide rappel Wiki sur l'origine du nom de ce crew insolite : La Cagoule est le surnom de l'Organisation Secrète d'Action Révolutionnaire Nationale, un groupement d'extrême droite créé par Eugène Deloncle et actif dans les années 30. L'OSARN est constitué comme une force d'autodéfense visant à répliquer aux prétendus risques d'un coup d'état communiste, à l'image de ce qui s'était passé en URSS. Organisée comme une véritable armée, La Cagoule aura pour but d'anéantir la République. Au niveau international, elle soutient les franquistes et a le soutien de l'Italie fasciste. Issue de milieux patriotes, nationalistes et royalistes farouchement germanophobes, l'organisation n'a pas de lien avec les officines de propagande nazie. Au fil des années, La Cagoule a été tenue responsable d'assassinats, de tentatives de coups d'état et de terrorisme : le 11 Septembre 1937, le groupement commet deux attentats à la bombe à Paris, contre la Confédération générale du patronat français et l'Union des industries et métiers de la métallurgie.

Heureusement, pas de terrorisme à la clé pour La Cagoule version contemporaine, mais des bombes quand même… pour faire du graffiti. Ayant déniché via Facebook une interview du groupuscule, c'était l'occasion d'en apprendre un peu plus sur leurs motivations.

« Nous sommes trois graffeurs, Patrick Sébastos, Julien Terzyklon et moi même, Louis de fusil. Nous sommes actifs en tant que graffeurs depuis 2000/2001, peignant principalement des chromes en voies ferrées et des trains, sous un autre nom. Nous peignons des graffitis clairement orientés à droite depuis 3/4 ans. La cagoule fait évidemment référence à l'organisation d' Eugène Deloncle. Nous sommes rentrés dans l'univers graffiti en voyant les tags et les graffitis des plus vieux graffeurs à la fin des années 90, à l'époque il n'était pas question de nationalisme, nous étions des jeunes totalement intégrés à l'ambiance de l'époque, graff, rap, pétards… A cette époque nos influences étaient le graffiti vandale parisien : TVA, UV-TPK, GT, SDK… »

« Vers 2008/2009 certains membres de notre groupe ont commencé à s'intéresser aux idées nationalistes à travers les vidéos de Soral, qui à l'époque, étaient assez pertinentes. Je tiens à préciser que nous sommes passés à autre chose depuis. Après de multiples lectures nous avons commencé à nous rendre compte que nos activités picturales ne menaient à rien, hormis se faire une réputation dans un milieu graffiti totalement gauchisé, et ce au travers d'une démarche totalement égo-centrée donc stérile. Du fait de notre évolution intellectuelle, il nous a semblé assez logique de faire évoluer en parallèle nos graffitis. Ainsi le graffiti n'est plus une fin, mais un moyen, de transmettre un message. »

« Renouveler l'esthétique nationaliste est primordial pour parler aux jeunes susceptibles de venir à nos idées et le graffiti est un bon moyen pour cela. Pour nous, il faut vraiment lutter sur tout les fronts sans se mettre de barrières, ainsi il est très bien de voir émerger du rap nationaliste, de la musique électronique (Fashwave) et du graffiti nationaliste comme il y a trente ans les jeunes nationalistes se sont appropriés le rock et le punk rock pour créer le RAC (merci à Skrewdriver) et RIF. »

« Nous sommes indépendants, mais nous apprécions des organisations comme Casapound (que j'ai eu la chance de visiter), Hogar Social Madrid, en gros nationalisme et anti-capitalisme… »

 

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Donald Trump en peinture

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Qu'il soit comparé à Hitler ou au messie sauveur de ce bas monde, on aura tout entendu sur Donald Trump, que ce soit pendant la campagne électorale américaine, ou depuis son élection à la présidence des États-Unis. Entre ceux qui flippent de ses déclarations racistes, sexistes ou outrancières, les autres que ça fait marrer, et ceux qui, avec une approche géopolitique un peu plus pragmatique, se réjouissent que le spectre de la 3ème guerre mondiale promis par Hillary Clinton s'éloigne à petits pas, il n'y a probablement qu'une seule chose qui peut mettre d'accord tout ce petit monde : Donald Trump ne laisse personne indifférent, et fait couler beaucoup d'encre… mais aussi de peinture.

Des œuvres les plus stupides jusqu'aux plus inventives, il était temps de se plonger dans un petit florilège des peintures et graffitis réalisées récemment par tout un tas de graffeurs et d'artistes, qui se sont sentis obligés de donner leur avis, ou tout simplement de ne pas rester indifférents face au bulldozer sociétal et médiatique qu'est Donald Trump. Attention, spoiler : le point Godwin est très rapidement atteint !

En fouinant chronologiquement, outre les peintures de Lush ou les installations de Indecline dont on vous parlait il y a quelques temps, on retrouve aussi bon nombre de parodies ou de peintures qui ne mâchent pas leurs mots, réalisées bien avant l'élection finale :

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Sans oublier quelques supporters de Trump qui passaient par là, égarés dans un dépôt de métro new-yorkais :

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Puis vient le choc de l'élection. Tout de suite réapparait sur la toile un montage détourné de l'emblématique « Dump Koch », peint sur un métro de New York dans les années 80 à l'encontre du maire Koch, qui a l'époque était déterminé à mener la vie dure aux writers. Remis au goût du jour avec la fameuse mèche blonde et une rime de circonstance, ça donne ça :

La rime était trop belle, le slogan est repris ici et là, parfois même au plus près des Racines du Mal, c'est-à-dire au pied de la Trump Tower:

Mais aussi en Europe et notamment en Suède, avec un Dump Trump de premier choix en circulation sur les lignes de trains de Stockholm :

Toujours en Scandinavie, on redescend au Danemark avec un Trump qui ne fait pas dans la nuance :

En Allemagne non plus on ne fait pas dans la dentelle, avec la reprise de cette fameuse phrase de Trump, point culminant d'une campagne politique au ras des pâquerettes… Humour ou sexisme flagrant ?

En parlant de Pussy, d'autres semblent avoir confondu Donald Trump avec sa femme, à moins qu'il ne s'agisse de militants engagés souhaitant rétablir la parité suite à la polémique #RapeMelania ?

Enfin, le point Godwin ayant été déjà largement atteint chez les scandinaves, on finit en beauté chez nos voisins belges, avec un Trump au bras tendu qui n'est pas sans rappeler les heures les plus sombres de l'Histoire :

Bon allez, on se détend… Revenons à nos moutons, avec une déclaration berlinoise qui traite enfin d'un sujet grave et important : Make Subways Great Again !

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