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La Réunion: Eko, le graffiti dans la peau

Originaire de La Réunion, Eko LSA fait partie des pionniers du mouvement hip hop sur l'île. Vasanda Valin a interviewé ce partisan d'un graffiti authentique.

« Notre premier graff pour le crew a été toyé, on a quand même continué. J'habitais à Bouvet dans le même quartier que Maxi CEA. Dieu alias Konix faisait aussi partie des CEA (Cartonneurs En Action). Maxi est le premier tagueur qui a tout déchiré sur l'île. Son blaze était tellement ancré dans la culture visuelle des jeunes que des mecs se sont mis à écrire Maxi sur les murs sans savoir ce que c'était, je l'ai donc toyé par pure jalousie. Il est bien sûr venu me voir et au lieu de s'embrouiller, on a sympathisé. Il m'a donc coaché, m'a appris différentes techniques comme les dégradés etc… »

« Dans les années 90, il existait une réelle connexion, on était tous rassemblé autour de ce mouvement, peu importe sa discipline. Quand tu faisais du rap, tes visuels étaient dessinés par ton pote graffeur et sur scène, il y avait tes potes danseurs. Dans le graffiti, il y avait une réelle volonté de déchirer le centre-ville et la rue. Aujourd'hui, il n'y a plus de tagueur […], on trouve en majorité des murs peints au rouleau sur les routes, sous les ponts, dans les ravines, moins risqué pour ne pas se faire serrer. Et pour ce type de pratique La Réunion, c'est le paradis.[…] On est passé du gros vandale de masse à un truc où on vient peindre le dimanche entre potes, on s'amuse et voilà… Pire que tout, La Réunion est devenue le pays des Bisounours. Je déteste cette mode ou on se choisit un petit personnage sympa pour ensuite le poser partout en espérant devenir la nouvelle star du street art. »

« On a appris avec Wo GAP à se cacher, en mode ninja, la nuit. Toutes les deux minutes on se cachait. L'objectif était d'être invisible pour la police mais aussi pour les passants. Une fois qu'on a appris ça, pendant sept ans, j'ai tagué ou graffé tous les weekends à 4h du matin de cette manière. »

« Je ne suis pas en mode Street Art Vs. Graffiti. Je dirai juste que le Street art ne m'intéresse pas. Banksy, Obey, ce n'est pas ma came. […] Je pense qu'il faut malheureusement encore éduquer les gens et les nouvelles générations. Ils doivent savoir que le graffiti, ce n'est pas que peindre avec une bombe. Le graffiti est ancré dans la culture hip hop. A l'inverse, le street art n'est pas une culture, c'est une étiquette fourre-tout. »

« Le graffiti, c'est avant tout le travail de la lettre.[…] Je ne suis pas contre le fait de vivre de son art, demain, s'il le faut, je peindrai des tableaux, mais je ferai du graffiti sur toile, du lettrage, un B Boy. Ce qui m'énerve, c'est le street artiste qui se prend pour un graffeur et le graffeur qui fait du street art en disant qu'il fait du graffiti. »

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Lego, graffiti à La Réunion

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Lego TEA s'intéresse au graffiti à la fin des années 90. Inspiré par les magazines spécialisés de l'époque et Internet, il commence à peindre à La Réunion en utilisant l'alias Barjo, avant de se faire attraper et de devoir changer de blaze.

Depuis, Lego continue de peindre de nombreux murs en couleurs sur l'île et à l'étranger, tout en essayant de maintenir un rythme soutenu de bombing. Vasanda Valin s'est entretenue avec l'artiste :

« Comme je venais de me faire gauler, j'ai dû changer de pseudo. J'ai choisi Gole. J'ai inversé les syllabes et je me suis rendu compte que ça faisait Lego. J'aimais bien l'assonance. J'ai donc commencé à m'intéresser à l'égo. Celui qui fait partie de nous et vu que pour moi le graffiti était quelque chose de très égocentrique, j'ai trouvé ça intéressant de l'afficher aux quatre coins de l'île, mais aussi à l'étranger. »

« L'adrénaline c'est bon ! J'aime le fait que ce soit placé là, comme une publicité, imposée. Juste pour vos yeux, que ça vous plaise ou non. C'est plus instinctif, le trait doit être rapide, propre et efficace. Tout ça en peu de temps, c'est génial ! De la spontanéité à l'état pur. »

« La couleur égaye les gens et ça se ressent. Faut avouer qu'un mur coloré est cent fois plus beau qu'un mur gris non ? »

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Nems, peindre entre Bordeaux et l'île de La Réunion

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Originaire de La Réunion, Nems se met au graffiti au début des années 2000. Au fil de ses voyages sur le continent européen et nord américain, le writer rencontre ses futurs partenaires et affute son style sur murs.

« A la base mon blase c'est Nemy, c'est juste une suite de lettres qui me plaisait à l'époque. Par la suite j'ai changé le Y en S, parce que ça me faisait penser aux nems (plat traditionnel du Vietnam très apprécié à La réunion), ça m'a fait rire, j'ai validé. J'ai 2 approches : d'une part je travaille consciencieusement avec les croquis, le choix des couleurs et la disposition des lettres entre elles. D'autre part, je laisse libre cours à mon imagination face au mur, afin d'avoir une pièce uqi correspond au moment présent, au spot et à l'humeur générale. »

Capten et Nems en action :


« Ma 1ère pièce est un flop que j'ai réalisé en 30 secondes sur les palissades d'un terrain de foot de mon quartier. Ma 1ère fierté. J'ai réellement commencé à graffer en 2006 lorsque je rencontre des potes (Ekof et Séna OKF). A cette époque, c'était surtout des pièces en vandale avec 2/3 couleurs max sans fond. 3 ans après, je pars à Bordeaux et je découvre un niveau qui est vraiment différent de ce que je connaissais notamment grâce aux 3GC. Ca m'a permis de me concentrer sur la technique sur feuille. Je ne connaissais personne, du coup je m'aventurais dans des spots, je découvrais de nouveaux terrains sans trop oser repasser les graffeurs locaux. De retour à La Réunion 2 ans après, je rencontre Kapten, Heype et Miaow, on crée le crew 24. Grâce à cette connexion, on commence à réaliser des pièces plus poussées : persos , lettrages plus complexes et on diffuse quelques vidéos sur le net. J'ai aussi fait un voyage à Montréal ou j'ai pris de grosse claques. K6A, A'Shop me brûlent la rétine avec leurs fresques incroyables. »

« La Réunion regorge de spots. La géographie et les microclimats font qu'il y a un nombre incalculable de ponts et de spots différents. Pour moi, c'est juste magique, on peut peindre toute l'année, il fait tout le temps beau. il y a pas mal de graffeurs qui privilégient les couleurs par rapport au chrome et au noir. Ce qui fait qu'un terrain est souvent composé de nature verte, de graffs colorés et d'un soleil omniprésent. On peut passer une journée à peindre au bord de la mer et la semaine d'après peindre dans les hauteurs de l'île ou la végétation est hyper dense, ou encore peindre dans une savane limite désertique; C'est un truc à vivre. »

Heyp, Nems & Capten :

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Jace X MTN Limited Edition

Après des années de graffiti « traditionnel », Jace ressent le besoin de se démarquer. Pour cela il crée le gouzou, un personnage original qu'il décline en premier sur les murs de la Réunion où il vit. Ce design simple et reconnaissable entre mille fait rapidement la renommée de l'artiste.

Le gouzou est toujours sans visage, un anonyme qui n'est ni mâle ni femelle et toujours en orange. Qu'il soit représenté adossé à un coffre au trésor, lesté au fond de l'Océan ou piégé dans une machine à laver, il véhicule toujours une image colorée, joviale et positive.

23 ans après la naissance de son personnage, Jace continue de trouver de nouvelles façon d'impressionner, de choquer et surtout d'émerveiller son public en le plaçant dans des endroits insolites, héros urbain de scénarios improbables et hilarants. Même si le writer pose régulièrement ses gouzous aux quatre coins du monde, c'est à La Réunion qu'il est le plus connu. A tel point que l'office de tourisme de l'île met en avant son travail comme une attraction pour les visiteurs, ce qui est inhabituel pour une œuvre essentiellement illégale.

Montana Colors lui dédie une bombe de la série 2016 d'éditions limitées. Le design de la bombe est lithographié, c'est-à-dire imprimé directement sur le métal et non pas apposé sur une simple étiquette papier. Ce modèle est produit en série limitée à 500 exemplaires estampillés par l'artiste. Chaque bombe est vendue dans une boîte vitrée en bois, de quoi satisfaire les collectionneurs les plus exigeants.

La bombe est disponible ici sur Allcity.fr.