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Les aventures de Orcke à Recife

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Les 10 bonnes années regroupe de nombreuses photos de TER peints dans le sud de la France au début des années 2000, mais pas que. Certains writers publient aussi leurs anecdotes, les petits détails croustillants et amusants qui accompagnent chacune de leurs missions en France et à l'étranger.

Orcke TPA, actif sur TER au début des années 2000, s'est rendu au Brésil pendant quelques mois en 2008. Cédant à l'envie irrépressible de peindre le modèle de Recife, il s'introduit dans un dépôt en pleine journée, tongs aux pieds.

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« Un dimanche vers midi, je suis dans un bus pour rentrer chez moi, quand j'aperçois en passant sur un pont des voies ferrées avec au fond des rames bleues garées sur ce qui semble être un dépôt de casse, à l abandon. Je bouillonne, je rentre en speed, choppe quelques sprays et y retourne illico. C'est l ancien métro qui fonctionne encore sur une ligne mais qui passe dans des favélas trop ghetto pour qu'un petit gringo comme moi y rentre. L'occasion est trop belle surtout que depuis 2 mois j'ai pas fait grand chose ici. Sur place, je zone, cherche une entrée, que je trouve assez facilement. Passe par un jardin, un grillage à sauter, me voilà dedans. Des herbes hautes, un bâtiment défraîchi, des bouts de wagons rouillés, des trains entiers posés là. C'est calme, ça a l air calme en tout cas. Comme d'hab, je commence mon petit tour, je me faufile entre les trains, je zone, j'écoute. Quelques voix se font entendre au loin, dans un bâtiment portes ouvertes mais ce bâtiment est bien à une centaine de mètres de là où les wagons sont garés. Pas ou peu de vis à vis, je ne suis pas tellement à l aise, mais l envie est trop forte. Les trains semblent vraiment abandonnés, tous marqués d'impacts de balles, pas un graff ou un tag. Je ferme doucement les portes du wagon, je pose mon sac, enfile les gants, ça part de là. J'vais faire ça vite, j'ai des bombes brésiliennes Colorgin Arte pourries, short, havaïanas aux pieds. Je trace, commence à remplir ma croûte, perso Bender dégueulasse, pause , écoute, regarde à droite, regarde à gauche. RAS. Je continue, je finis mon remplissage, j'écoute, rien. Je fais mon fond, tranquille, je commence à être bien, ça sent la fin et le plan tranquille. »

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« Je me retourne, et derrière moi, j'vois 2 mecs adossés au bâtiment que j'avais dans le dos, en train de me regarder calmement. Ils sont à 50 mètres. Je m'arrête, les regarde, ils me regardent, ne disent rien. Bon, ils n'ont pas l'air hostile. C'est forcément des travailleurs vu qu'ils sont dans le dépôt, mais ils me disent rien, donc je décide de continuer comme si de rien n'était. Je commence quand même à avoir la susu, et j'accélère. Contours de briques, tous les 3 coups de bombes je me retourne pour voir ce qu'ils font. Ils n'ont pas l air énervé, ils ne bougent pas. Fond terminé, je les regarde de nouveau, et là, un 3ème mec arrive en vélo, et se cale avec eux. Il a l air âgé, il a une tenue bleu foncé et j'aperçois marqué Seguranca. Sécurité. Oups. Le mec, la cinquantaine, moustachu, ne s'approche pas plus que les autres et à vue d'œil, il n'est pas armé, il a juste une matraque, ça me rassure un peu. Je les regarde, ils me regardent, mais ne disent rien. Il manque juste les contours et les lights, je décide de continuer, au pire vu l'âge du sécu, en vélo sur les voies, je pense le distancer assez facilement, même en tongs. Je speed, finis mes contours en 2/2, quelques lights coulantes dégueulasses, eux ne bougent toujours pas. Je range les bombes, fais 2, 3 tofs avec un œil derrière la tête au cas où ça arrive. Je range l'appareil dans ma sacoche, prend mon sac de sprays et m'apprête à partir par où je suis arrivé quand le vieux sécu commence à me crier des trucs en portugais. Je ne parle pas encore trop bien, mais je commence à comprendre certains mots, certains bouts de phrases. Il me dit de venir le voir. Je suis pas serein , mais j'y vais quad même. Il parle fort mais n'a pas l'air énervé plus que ça et surtout il est sur son vélo. Je me dis qu'au pire je mets un chassé dedans et me barre en courant si il y a le moindre soucis. Sur les voies, en tong, je suis plus rapide que lui en vélo quoi qu'il arrive. J'arrive à son niveau et il commence à m'enchaîner de paroles, je pite rien, nada. Il voit que je ne capte pas, voce tem autorizacao ? voce tem autorizacao ?. Je capte le dernier mot, autorisation. Sim je lui réponds. Oui, bien sûr que j'ai l autorisation ! Il me baragouine des trucs, je comprends qu'il me demande par où je suis rentré, je lui montre au loin le grillage. Il me dit nao, naaao, vem aqui. Il est assez souriant, je commence à être à l'aise, je le suis. Il me ramène à l entrée principale du dépôt, m'ouvre le portail, me serre la main et me dit au revoir. Obrigado avec mon accent français pourri. Moi, le smile jusqu'aux oreilles, surexcité par l'aventure, je trottine pour vite aller prendre un bus avant qu'il ne comprenne. J'ai appris un peu plus tard par des potes brésiliens que quelques mois avant mon arrivée à Recife, les Os Gemeos et leur équipe étaient venus peindre un métro en mode légal au même endroit. Le sécu m'avait pris pour l'un deux. Merci les artistes ! »

En bonus, quelques trains peints par Orcke en France.

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São Paulo: attaque à l'extincteur

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Pour se faire remarquer dans une ville saturée de graffitis, Natos, Ync, Not, Aloha, Fraus, Ctrs et Casa n'y vont pas par 4 chemins. Ils se retrouvent une nuit, en vue d'une attaque à l'extincteur.

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Sur une portion de voie rapide de São Paulo, l'équipe exécute des tags énormes à l'extincteur, ce qui leur vaudra l'attention des médias les jours suivants.

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Au-dessus du vide, les pixadores en rappel

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A São Paulo, les pixadores n'en finissent pas de recouvrir la surface des bâtiments de leurs signatures. Pour atteindre leur objectif, ils n'hésitent pas à utiliser différentes techniques acrobatiques, défiant la mort à chacune de leur sortie.

Certains escaladent les façades, d'autres s'introduisent dans les immeubles pour peindre sur le toit, la tête à l'envers.

Le buff n'étant pas absolument pas prêt à faire face à cette envahissante pratique, les places se font de plus en plus rares. Les pixadores, en effet, refusent de repasser les pixaçãoes existant. Pour peindre les spots jusque là inatteignables, ils ont imaginé un système rudimentaire de descente en rappel.

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Ils s'introduisent tout d'abord sur un toit, afin de fixer leurs cordes à la charpente.

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Défiant les règles de sécurité élémentaire, Alerta , G Suina, Larica, Crise, Extase, Caio, OS BM, Rasta Boys, Francisco, Limits et Birutas, suspendus au-dessus du vide sur leur balançoire de fortune, peignent leurs lettrages stylisés en couleur.

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Le tout évidemment en pleine journée, sous le regard ébahi des passants et de la police.

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Carla Arakaki, au cœur de l'action avec les pixadores

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La photographe Carla Arakaki documente les actions des pixadores dans les rues de São Paulo. Elle n'hésite pas à les suivre pendant leurs missions aussi dangereuses qu'acrobatiques.

Équipée d'un appareil photo et d'une caméra, elle suit, une fois n'est pas coutume, Lis & Jack, un duo de jeunes femmes pixadores, sur un toit.

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Après avoir tracé leurs pixaçãos, les jeunes femmes finissent la nuit en vidant leurs bombes dans les rues avoisinantes.

Carla Arakaki photographie régulièrement différents groupes de pixadores dans les rues de la mégalopole.

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