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Esik sort de l'ombre

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Esik fait partie de l'avant-garde des trainwriters espagnols. Actif dès le milieu des années 90 à Valence et adepte des voyages en Interail, il se focalise uniquement sur les trains et les métros européens, tout en restant très discret dans les médias. Comme on a pu le voir récemment, les anciens espagnols se remettent au charbon et Esik n'y va pas de main morte.

Dans cet entretien, il évoque son parcours et un monde sans internet, ou la conquête du style s'apparentait à celle du Graal.

« J'ai commencé à peindre à Valence en 1992, j'avais 14 ans. J'ai commencé avec les gars de mon quartier. En 1994, on s'est mis à peindre des trains. On allait dans les dépôts ou personne n'était allé avant nous, on ne savait pas sur quoi on allait tomber. On passait généralement la nuit à trainer. C'était une période magique, découvrir des spots, passer des heures à peindre et parfois on a eu vraiment très froid ! »

Esik, Valence, 90's

Esik, Valence, 90's

« A l'époque les gens qui envoyaient constamment leurs photos aux fanzines étaient vraiment très mal vus. En fait, de nombreux writers très actifs n'envoyaient jamais leurs photos. C'était un autre temps avec d'autres codes. Le vrai truc, c'était de défoncer les rues ou les trains. A dire vrai, avec le temps j'ai commencé à me rendre compte que garder ses archives secrètes était un peu absurde. »

Esik, Paris, 1997

Esik, Paris, 1997

« Internet a changé les règles. En tant que phénomène global, le graffiti s'est ouvert à d'autres pratiques, que ce soit à la mode, au design ou à l'art en général. On est passé d'une pratique réservée aux exclus et aux rejetés à quelque chose de largement accepté et valorisé. Le graffiti a perdu beaucoup de son hermétisme et de sa substance originelle. »

« A l'époque, le style était ce qui comptait le plus, la qualité des lettres. C'est pourquoi, les writers de l'époque peignaient de nombreux wildstyles ou des end to ends ultra colorés sur trains. Parfois aussi des pièces simples mais parfaitement réalisées. C'était faire preuve de respect aux pionniers. On était assez distant par rapport à la fame, tout ce qui comptait c'était le style, c'était absolument non négociable. On savait qu'il y avait beaucoup de writers qui se fichaient de la fame. Le graffiti sur trains avait plus d'énergie et transmettait un autre niveau de vibration. »

« C'est évident que la jeune génération n'a pas du tout cette mentalité. De nos jours, la qualité et l'originalité sont complètement négligées au profit de la fame sur internet. Ces jeunes n'ont absolument aucune considération pour les writers qui ont du style mais qui sont inconnus. Ce n'est pas comme avant. Ce serait pas mal si certaines valeurs étaient rétablies. »

« A Valence, la scène est pire que jamais. Le peu de spots qu'on avait sont archi cramés. C'est toujours possible de peindre mais vraiment en speed. Le gros problème, c'est que les flics font de nombreuses enquêtes. 2016 a été l'année avec le plus d'enquêtes, de perquisitions et d'arrestations de writers actifs. D'un point de vue personnel, je n'aime absolument rien de la scène de Valence. Au point qu'il y a quelques années, j'ai complètement arrêté de peindre pour ne plus faire partie de la scène locale. »

Source: Goodfellas

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Toper s'amuse avec son lettrage

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Partenaire de longue date de Dg, Toper (à ne pas confondre avec son homonyme français) commence à peindre à New York à la fin des années 80. Optant rapidement pour le bombing, il rencontre Rime avec qui il développe ses idées dans des productions plus léchées sur mur.

« J'ai grandi à Brooklyn. J'ai commencé à m'intéresser au graffiti en 1989/1990. Il y en avait partout, tous les gars du quartier taguaient. Quand j'ai commencé à peindre, je devais avoir 9 ou 10 ans. Mon premier tag était Bomb. J'avais l'habitude dessiner une petite bombe au milieu. Je suis ensuite passé à Top. Mutz AA me surnommait Toper, c'est resté. »

« J'ai toujours été fasciné par les throw ups et les tags. Ce n'est qu'en rencontrant Rime que j'ai commencé à m'intéresser aux pièces élaborées. Il m'a montré et appris un tas de trucs concernant le lettrage et le style. »

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« J'aime bien jouer avec mon environnement et être influencé par les autres. Je me nourris beaucoup des autres, la réciproque est aussi valable. C'est comme ça que les choses se développent.[…] Mon lettrage évolue en fonction de ma progression. J'essaie de ne pas rester figé dans un style, j'essaie de m'amuser.[…] Je ne passe pas beaucoup de temps à sketcher. Je dessine toujours un peu, mais je ne suis vraiment pas le genre de personne à rester assis devant mon book, je n'ai aucune patience. J'essaie toujours de peindre le plus rapidement possible. »

De passage en Italie, Toper a peint quelques trains :

L'intégralité de l'interview est à lire en anglais ici.

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Spot, bombing & tradition à New York

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Spot, un writer new-yorkais figurant dans la célèbre vidéo de bombing State Your Name, peint depuis le début des années 90 aux côtés de Skuf, Kez et Noxer. Avec les membres de son crew KMS, il multiplie les tags et les throw ups (sans négliger les pièces en couleurs) dans les rues de la Grosse Pomme. Ray Mock l'a rencontré pour Mass Appeal.

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« J'ai grandi à Brooklyn, New York. J'ai commencé à taguer en 1990. […] Il n'y a pas beaucoup de gens capables de faire des pièces en couleurs, des throw ups et des tags. Je suis un writer tout terrain, mais si je devais choisir, ce serait le tag. »

« Le graffiti est une danse, tu fais danser les lettres, tu les fais bouger, tu les inclines d'une manière différente. C'est assez basique une lettre, c'est la manière dont elle bouge qui donne un style particulier. J'aime m'entrainer à dessiner toutes les lettres, pas seulement celles de mon tag. Quand je m'entraine à faire d'autres lettres, je reviens à mon nom avec de nouvelles envies, une nouvelle force. J'y incorpore du flow. »

« J'adore le graffiti, c'est ce qui m'a permis de durer. Je ne peins pas autant que certains mais j'essaie d'être consistant chaque année. Je ne suis pas un King absolu, je m'en fous. Je ne fais la course avec personne, je n'ai rien du tout à prouver. »

« Ce qui manque chez les jeunes writers de nos jours, c'est qu'ils ont perdu de vue l'histoire du graffiti, la provenance des styles, et qui a fait quoi. Ils ne regardent que ce qu'ils ont au bout de leur nez et ne se rendent pas compte qu'il y a eu 5, 6, 7 générations avant eux. Il y a pas mal de writers qui peignent dans un style rétro et les jeunes en sont admiratifs. Mais c'est juste de la matière régurgitée, ça a déjà été fait avant. Les seuls à qui j'accorde peut-être un peu de crédit pour ce style de graffiti sont Sp.one et Yes2. »

L'interview est à lire en anglais ici.

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Exposition sauvage de Faki GAP

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Au début des années 90, Faki peignait de nombreux trains de la banlieue parisienne avec Ideal et les GAP.

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Ayant repris du service sur murs et sur camions depuis quelques temps, il propose une exposition sauvage de ses œuvres du 19 Septembre au 1er Octobre 2016 dans les rues de Paris.

« Faki s'expose sauvagement dans différent quartiers de Paris courant Septembre, la démarche consiste à offrir des œuvres et d'aller à l'encontre des galeristes, des maisons de vente et des soit disant expert du street art. »

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Pour trouver ses toiles, Faki distillera des indices sur sa page Facebook.

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Skuf, embrouilles et bastons dans le New York des années 90

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Au début des années 90, les writers new-yorkais suite à la répression, le buff intensif et l'application de la théorie de la vitre brisée se tournent progressivement vers les rues pour peindre, abandonnant progressivement leur support de prédilection, le métro. Mais peindre dans les rues n'était pas de tout repos, les writers ont adopté leur style pour se focaliser sur l'essence même du bombing, les tags et les throw ups.

Skuf YKK, a marqué les rues de la Grosse Pomme aux côtés de la légende vivante Jaone, il revient sur quelques une des embrouilles qui ont duré de nombreuses années entre son crew, YKK et le crew DMS dans cette interview pour Vice.

Skuf YKK

Skuf YKK

« Mon frère ainé était breakdancer, à cette époque, graffiti et hip hop se confondaient. Je me souviens avoir trainé avec mon frère et ses potes à la station pour mater les flops et les tags de Oe3 et P13. Je devais avoir 8 ans, mais j'ai tout de suite compris l'idée. Venant d'un quartier et d'une communauté opprimée le graffiti a permis à certains de trouver une certaine fierté, d'avoir l'impression d'être un super héros. Le graffiti pouvait faire de moi un King, je le voulais et je désirais m'échapper de ma routine quotidienne. »

« Je ne peux pas m'imaginer me soucier du beef. Je suis un adulte, j'ai une famille à nourrir. Je sais de quoi je suis capable. si quelqu'un a un problème avec moi, qu'il aille consulter un psy. Mais ne vous méprenez pas, je ne laisserai personne lever la main sur moi. C'est tout simplement ridicule. Et je ne vais laisser personne me rabaisser. Mais je ne vais pas m'épuiser à courir après. Je suis père désormais, mon enfant regarde tout ce que je fais, il est comme une éponge. Imagine moi avoir un problème de beef, c'est complètement stupide. Mais une fois encore, je garde mon côté gangsta dans ma poche de derrière, au cas ou. »

Cicatrice de Skuf  photo : Akira Ruiz

Cicatrice de Skuf photo : Akira Ruiz

« J'ai eu de gros problèmes avec Ryno KGB. C'est devenu un de mes plus proches amis. Tous les problèmes sont réglés avec les DMS, un crew très important pour l'histoire du bombing à New York. Des problèmes qui duraient depuis près de 30 ans. Je ne sais même plus comment ça a commencé. Je sais juste qu'on était en embrouille. Il y a eu effusion de sang à plusieurs reprises. Mais j'en ai fini avec tout ça. Des gens sont mort au cours de cette embrouille. Ils ne voient plus leurs parents. Ils n'ont pas d'enfants. Je pense qu'à l'ère actuelle, la vie des writers est plus simple. Je ne me sens pas frustré, c'est juste le cycle de la vie. Je pense que ma violence puise sa source dans mes origines portoricaines. J'ai ressenti un manque à combler. Quand je suis devenu père, tout a changé. Je ne peux pas m'imaginer quelqu'un qui vient d'avoir quarante ans continuer dans des embrouilles foireuses »

« J'aime l'art en général, il y a de très belles choses, mais que les choses soient claires, le street art reste du street art. Le graffiti a sa propre culture. Il a ses règles. Il y a eu des bagarres sérieuses dans notre monde. Parfois même des incarcérations. Le graffiti a changé la vie de nombreuses personnes en bien et en mal. Le street art ne comprend pas ça. Les gens qui mettent de jolies étiquettes sur les tags et les throw ups ne comprennent rien, cela ne signifie rien pour eux, mais cela a un sens pour nous, les writers. Voilà ou réside le problème. J'essaie de changer la perception à propos du bombing en intervenant dans des publications, par exemple. Beaucoup de street artistes sortent d'une école d'art et auront peut être ces publications entre les mains. Ils sont éduqués, ont pris des cours d'histoire de l'art, mais apparemment ils n'ont rien appris de nous. Les writers ont leur mot à dire et doivent documenter leur culture afin d'éduquer la future génération d'artistes à venir. Nous devons écrire notre propre histoire. »

L'intégralité de l'interview est à lire ici en anglais.