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Stak, la tradition du graffiti new-yorkais

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Stak s'est intéressé au graffiti dès son plus jeune âge. A la fin des années 70, âgé d'à peine 10 ans, certains membres de sa famille l'emmenaient déjà pour des séances de trainspotting dans le Bronx. Pendant que les writers prenaient leurs photos, Stak s'abreuvait de graffiti sur métros. Piqué par le virus, il commence sa carrière de writer dans les années 80 avant d'intégrer le célèbre crew TFP (Sento, Case2…).

Stak & Reas

Stak & Reas

Dans les années 90, Stak peint de nombreux murs et des frets en compagnie de Sane, Todd James alias Reas, Ven, Noah entre autres. Ray Mock a rencontré cette légende du graffiti new-yorkais pour Mass Appeal, en voici quelques extraits traduits.

« Je me suis intéressé au graffiti en 1979. J'ai réellement commencé à peindre en 1981. Je voulais un alias et je voulais en mettre partout. Tout le monde le faisait à l'époque. Si l'un d'entre nous sortait un marqueur, on se ruait dessus. Dans la rue, les gamins ne criaient pas voiture ! pour cesser de jouer mais préféraient crier train ! à l'approche de celui-ci en gare. Même s'ils n'étaient pas des writers, les gamins voulaient voir ce qui se passait. je suis né là dedans, ça fait partie de mon éducation new-yorkaise. J'ai commencé à Brooklyn, à l'adolescence je me suis intéressé au Lower East Side, à Manhattan et au Bronx. J'ai pratiquement parcouru tous les quartiers. »

« Qu'importe les conditions, j'ai toujours eu de quoi taguer sur moi. Je faisais exactement ce que je voulais, taguer dans les rames en circu ou dans les dépôts. Je passais ma vie dehors. On passait notre temps à laisser notre marque un peu partout. Je ne pense pas m'être arrêté. J'ai ralenti un peu le rythme au fil des années. Parfois, il y a des trucs chiants à faire dans le quotidien. Désormais, le graffiti n'est plus ma priorité, c'est une des choses qui me passionnent toujours. J'ai assez fait de graffiti jusqu'à maintenant. »

Stak & Pepe

Stak & Pepe

Il y a certains phases que j'ai toujours aimées dans le graffiti. Je n'ai jamais voulu suivre les tendances. Chaque année il y a une nouvelle mode que tout le monde s'empresse de suivre. Je sais que le graffiti évolue, mais concernant mon handstyle, je ne veux qu'il reste tel quel. Je me suis arrêté de creuser quand j'ai considéré que ça correspondait à ce que j'attendais. La beauté est dans l'œil de celui qui regarde. »

« Je n'ai plus 17 ans. J'adore faire des throw ups mais je suis moins acharné qu'auparavant. A 17 ans, si on me repassait un throw up, c'était la fin du monde. Désormais, rien à foutre. J'ai encore plus de peinture. Je ne pense pas que ce que j'ai peint n'a résisté plus que quelques années. Tout est temporaire. Essayez d'en faire autant que vous pouvez, tant que vous pouvez. »

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L'actualité de Stak est à suivre sur son compte Instagram.

L'intégralité de l'interview est à lire en anglais ici.

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Photos Rebelles – Henry Chalfant

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Resistance Films en partenariat avec Arte Creative propose la websérie Photos rebelles : une histoire photographique des contre-cultures, écrite et réalisée par Marc-Aurèle Vecchione, auteur du documentaire Writers: 1983-2003, 20 ans de graffiti à Paris.

« Skate, Punk, Rap, Skins, Raves, Bikers, Freedom Fighters, Gangs, Graffiti. Armée de clichés cultes qui ont capturé la naissance de ces mouvements, la websérie Photos rebelles décrypte les codes, les valeurs, les héros et les légendes qui transforment chaque contre-culture en un véritable mode de vie. »

3 épisodes (sur les 13) sont consacrés à Henry Chalfant, qu'on ne présente plus, auteur de Subway Art et co-auteur du mythique documentaire Style Wars. Il y partage ses archives et évoque ses expériences avec des writers, la création de la 1ère galerie de graffiti à New York (la galerie Fashion Moda) ainsi que le brassage social auquel il a pu assister.

« Le vrai crime, c'était l'abandon des quartiers par les autorités. Je ne supporte pas les gens qui se plaignent du graffiti, qui en font un problème. Parce que le contexte c'est ça. Un jour j'allais vers le Bronx et sur les voies du milieu, où ils laissent des rames le week-end, il y avait une rame avec le Merry Christmas, Mono, Doc de Lee. Deux wagons côte à côte entièrement peints, je me suis dit, mon dieu, il faut que je photographie ce train. Je suis descendu sur la voie entre les deux stations. J'avais assez de recul pour prendre les deux wagons en 12 clichés. quand je suis rentré et que j'ai développé et placé les photos ensemble, j'ai compris que c'était comme ça que je devais procéder. »
-Henry Chalfant

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Le 1er épisode :

Le 2ème épisode :

Le 3ème épisode :

Photo Rebelles - Henry Chalfant-02-511

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Interview Moze ODC

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Moze ODC (à ne pas confondre avec Moze 156) fait partie de la 1ère génération de writers parisiens à s'être sérieusement intéressée au graffiti sur matériel roulant. Avec son crew ODC, il a fait ses preuves sur la ligne 8 entre autres à la  fin des années 80. Le blog Graffiti-V-Français, qui met à l'honneur les old timers, l'a rencontré, en voici quelques extraits.

« J'ai commencé quelques années avant en 1982 je crois. Une émission h.i.p h.o.p a été le premier déclic. De la danse, un DJ, des platines, des graffs sur les murs. En même temps à cette époque je faisais du roller au Trocadéro puis à la Main Jaune. En 1984, je me retrouve dans un bahut dans le IXème arrondissement de Paris et dans ma classe un gars à 2 rangs de moi griffonnait sans cesse sur un cahier, un nom au marqueur, toujours le même. D'où j'étais je voyais pas trop ce qu'il écrivait. Et puis un jour, on se parle et je lui demande ce qu'il écrit tout le temps. Il me répond, bin je tague ! Squat, c'est ma signature ! et quand t'as du temps tu peux en faire un graff. »

« Une carrière en duo avec Work pendant presque 3 ans, tous les jours à se taper la 13 et le quartier du XIVème et franchement sans accro. Les seules fois ou il y a eu serrage c'est quand on était en groupe ou à un rdv avec d'autres gars. Un jour on s'organise avec les CBA pour aller faire une voie de garage avec 4 métros entre République et Strasbourg-Saint-Denis. On se retrouve avec les CBA à la station Montgallet comme d'hab, sauf que là, il y a eu des fuites sur le plan dépôt, on s'est retrouvé avec les jeunes de Créteil et en tête Bianko, cartonneur de la 8 entre autres. On était là depuis à peine 10 minutes que de chaque côté du quai ainsi que des tunnels débouchaient des flics en civil de partout. Serrages, contrôles d'identités (avec la moitié d'entre nous qui ne l'a pas), ils ont ramassé les bombes et marqueurs dans les poubelles et nous ont laissé partir, pas de suite. »

« Un après midi , c'était en 1987, on se retrouve avec Work et Master pour aller se faire un tunnel le soir même où se trouvent 3 métros garés. C'était à la station La Fourche, plan repéré par Master quelques temps avant. Work avait déjà récupéré la fameuse clef (pas pour ouvrir toutes les grilles, je crois que c'était la 9.11). Donc dans l'aprèm' on se retrouve vers Montparnasse pour faire le  plein auprès de notre fournisseur officiel Soldécor. Un truc de dingue là bas. Un rayon entier de Krylon. Le soir venu, rendez-vous a la Fourche, il est 00h45, on attend la fermeture des grille. Nous voilà sur le quai de La Fourche, pas un bruit, juste nos pas et les billes des bombes dans nos sacs. On s'introduit dans le tunnel, j'ouvre la marche, je vais jusqu'au bout des 3 métros pour m'assurer qu'il n'y a personne, je reviens vers Work et Master qui est déjà au deuxième wagon. Je vais de l'autre coté et commence à poser. De wagon en wagon les extérieurs prennent de la couleur. Puis on se rejoint dans un wagon au beau milieu et j'ouvre une porte pour y pénétrer, on monte tous dedans, on tague tout l'intérieur, et d'un coup j'entends la porte opposée s'ouvrir. Je me retrouve nez à nez avec un clochard qui cherchait a monter pour dormir dans le wagon. V'la le choc quand la porte s'est ouverte d'un coup. Et le pire c'est que tous les 3 on a vu sa tête, on a pris peur, direct on a sauté du wagon et couru comme des oufs, comme si on avait vu un monstre. Au bout du tunnel, essoufflés on se regarde et on éclate de rire. On était resté facilement 1h/1h30 dans le tunnel. Le lendemain, hâte de voir le résultat, on se file rencard sur la ligne 13. On attend l'après midi sur le quai. On voit entrer en station la tête du métro avec du vert et du rose. On comprend tout de suite comme des gamins, à faire des bonds sur le quai. Enfin ! Un des 3 métros qu'on avait fait était sorti. Un vrai kif pour ceux qui savent. »

« Pour moi, ce qui a changé dans le graffiti, c'est internet. Avant, il fallait se déplacer pour voir les graffs, trouver un terrain pour peindre, ou rencontrer d'autres gars. Maintenant les gars font un graff dans l'après midi en terrain, il est sur le net 2 heures après. Tout va plus vite. Je dirais qu'il faudrait que ces jeunes connaissent l'histoire du graffiti en France par le biais d'interviews d'anciens qui ont vécu cette période, qu'ils taffent sur papier et perfectionnent leur style. Après ce qui a aussi changé, c'est les galeries qui se sont multipliées et ouvertes au graffiti, ou plutôt au street art. Ça ne me dérange pas du tout, tu peux être vandale et atterrir dans les galeries, ce qui me dérange le plus c'est de voir dans ces galeries des gars qui sortent de nulle part, dont on n'a jamais vu un tag ni un graff mais qui exposent comme un ancien et vendent à des prix à vomir. Je ne suis pas en galerie, un jour peut-être, mais c'est pas trop mon concept. Quand quelqu'un veut une toile de moi, je lui fais avec plaisir. Je suis un passionné, un drogué du graffiti, le partage a plus de valeur pour moi que de me retrouver dans une galerie. »

L'intégralité de l'interview est à lire ici.

Pour en apprendre un peu plus sur la scène parisienne de l'époque, le livre Descente Interdite est toujours disponible ici sur Allcity.fr.

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Spraycan Art

Considéré comme le petit frère de Subway Art, Spraycan Art est paru en 1987. Il connaitra un succès immédiat car pour la première fois un ouvrage dédié au Graffiti ne se cantonne pas à sa source qu'est NYC mais va à la rencontre des artistes et de leurs œuvres à travers la planète.

Derrière le livre on retrouve le photographe Henry Chalfant qui s'est livré à un véritable tour du monde Graffiti de la fin des années 80. On commence bien entendu avec New-York où, le métro devenant de plus en plus difficile à peindre, les graffeurs décrivent leur transition massive vers les murs. On y retrouve de nombreux artistes dont certains sont encore actifs aujourd'hui : Revolt, Futura2000, Seen, T-Kid, Bio…

L'auteur fait ensuite escale dans de nombreuses villes américaines (dont Los Angeles) avant de partir à l'étranger à la rencontre des scènes européennes de Londres, Paris (en compagnie de Bando et Mode2), Amsterdam (avec notamment Shoe), Vienne, Barcelone et bien d'autres métropoles du vieux continent. Le voyage se termine par l'Australie et la Nouvelle-Zélande.

Ce livre qui documente la propagation du phénomène graff dans le monde est un indispensable pour tout ceux qui désirent en savoir plus sur l'histoire du mouvement.

L'ouvrage compte 96 pages, il coûte 19,95€ et est disponible ici sur Allcity.fr. En voici un aperçu, également téléchargeable en PDF ici.

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New York Subway 1985

New York Subway 1985-511

Après la découverte de la petite perle documentaire Watching My Name Go By sur les prémices du graffiti à New York dans les années 70, voici qu'un reportage diffusé sur WPIX en 1985 refait surface sur le web pour le plus grand bonheur des nostalgiques de l'âge d'or du mouvement.

On y voit un reporter, Alec Roberts interroger les passagers du métro et certains writers comme Ski1.

« Alors que les usagers de transports en commun et les propriétaires de logements s'émeuvent de la chose la plus dégoutante qui soit arrivée à New York, d'autres défendent le graffiti comme une discipline artistique. Quoiqu'il en soit, les 2 parties s'entendent pour dire que la politique de tolérance zéro mise en place par Ed Koch est couteuse et inefficace. La ville et l'état ont dépensé près de 150 millions de dollars pour se débarrasser du graffiti avec très peu de succès. Pourtant en 1989, les métros seront tous propres… »

Source : WYW