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Le tour du Monde du Corps Blanc de Jérôme Mesnager

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En 1982, le graffiti à Paris en est à ses balbutiements, Jérôme Mesnager, co-fondateur du groupe d'artistes Zig-Zag, investit de nombreux lieux abandonnés à Paris avec de jeunes artistes. Le corps couvert de peinture blanche, Jérôme organise des happenings pendant lesquels il déambule dans les friches urbaines. Le 16 janvier 1983, il projette sur un mur de la Petite Ceinture son premier Homme blanc, avant de reproduire sa silhouette caractéristique dans les rues et les catacombes de Paris.

« Je serais libre de tout circuit marchand, dans la rue, on peut faire de l'art pour les gens de notre époque, pour les passants comme pour les clochards ! »
-Jérôme Mesnager

Richard Hambleton & Le Corps Blanc

Richard Hambleton & Le Corps Blanc

Au cours des années 80, l'artiste effectue un tour du monde pour peindre le Corps Blanc dans le plus de lieux emblématiques possibles : la muraille de Chine, le site des pyramides de Gizeh en Egypte…

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A une époque ou on pouvait encore fumer sur les plateaux de télévision, Thierry Ardisson, qui enchaine clope sur clope, s'entretient avec Jérôme Mesnager dans la célèbre émission Lunettes noires pour nuit blanche, le 24 Mars 1990.

30 ans plus tard, l'artiste continue de peindre aux 4 coins de la planète…

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Richard Hambleton, les ombres du désespoir

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A la fin des années 70, la distinction entre street art et graffiti n'a pas encore été clairement établie par les institutions. A New York, alors que les writers défoncent le métro, Jean-Michel Basquiat, Keith Haring et Richard Hambleton peignent dans les rues éclatées de la Grosse Pomme.

Image Mass Murder, Richard Hambleton, 70's

Image Mass Murder, Richard Hambleton, 70's

De 1976 à 1979, Richard Hambleton investit l'espace urbain dans 15 villes aux États-Unis et au Canada en peignant des silhouettes au sol, comme le fait alors la police pour délimiter les scènes de crime. Ses interventions sont considérées comme étant les 1ères émanations du street art.

« La ville n'est pas une toile vierge. C'est un film vivant avec lequel je collabore. »
-Richard Hambleton

Durant les années 80, Richard Hambleton, fasciné par les coins sombres de New York, s'emploie à peindre de grandes silhouettes noires terrifiantes dans des spots inattendus, près de 500 rien qu'à Manhattan. Il commence à exposer dans différentes galeries avec succès et participe à la Biennale d'art contemporain de Venise en 1984.

Richard Hambleton & Jean-Michel Basquiat

Richard Hambleton & Jean-Michel Basquiat

En 1984, Richard Hambleton se rend en Allemagne pour peindre le mur de Berlin :

L'Histoire de l'Art et le marché ne retiendront malheureusement que Basquiat et Keith Haring, une reconnaissance amplifiée par leur disparition rapide. A l'aube des années 90, Richard Hambleton sombre dans la drogue et l'oubli. La légende veut que l'artiste héroïnomane, complètement fauché et dévasté, utilise le sang restant dans ses seringues pour peindre des toiles…

Cité comme référence par Blek Le Rat, Richard Hambleton a marqué son temps de ses silhouettes menaçantes et a ouvert la voie à de nombreux artistes comme Banksy.

Pour combler un manque évident, Oren Jacoby offre une 2ème vie à ce précurseur d'un street art engagé, en présentant un documentaire intitulé Shadowman au festival du film de Tribeca courant Avril 2017.

Un extrait du docu :

Sources : New York Post, Indie Wire, Gothamist

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Niels Shoe Meulman: de l'origine du graffiti en Europe au Calligraffiti

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Quand on s'intéresse au développement de la pratique du graffiti en Europe au début des années 80, on peut rendre hommage aux pionniers influencés par l'école new-yorkaise dont Niels Meulman fait partie. Dès 1979, dans les rues d'Amsterdam, Niels Meulman âgé de 12 ans dessine son logo, une chaussure stylisée rapidement accompagnée par une petite signature : Shoe.

Shoe, Amsterdam, 1979/1980

Shoe, Amsterdam, 1979/1980

Abandonnant rapidement son logo, Shoe se concentre désormais sur son lettrage.

« Je n'avais alors jamais vu de graffiti new-yorkais, mes influences venaient de ce que je voyais sur les murs de ma ville, notamment le célèbre Dr. Rat. En 1982, lors d'un voyage à New York, j'ai découvert le graffiti américain, des pièces stylisées et colorées qui ont marqué mon imaginaire. Les murs d'Amsterdam étaient régulièrement bombés par des Punks ou des Hooligans comme Ego, Dr. Air, Walking Joint, Mano, Trip… Avec Joker et Delta, nous avons fondé le crew USA et commencé à peindre des graffitis dans la veine de ce qui se faisait à New York. »

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Rejoignant entre autres, Bando, Mode2 et Cat22, Shoe intègre le crew CTK, dont les membres sont répartis entre Londres, Amsterdam et Paris. Cette équipe diffuse le graffiti aux 4 coins de l'Europe, ce qui a valu à certains (Bando, Shoe & Cat22) un petit séjour de 3 semaines derrière les barreaux pour avoir peint des trains à Munich .

Bando & Shoe, Munich,  1986

Bando & Shoe, Munich, 1986

« Les choses ont pris une autre tournure lorsque nous avons rencontré le crew Bomb Squad 2 de Paris et les TCA de Londres. Réunis sous le nom CTK, Bando, Angel, Joker, Cat22, Mode2, Colt, Sign, Delta et quelques autres avons alors développé ce style de lettrage typiquement européen. Des lettres soigneusement désignées, inspirées de maîtres new-yorkais comme Dondi, auxquelles nous avons ajouté notre touche personnelle. »

Shoe, Roxiz (par Jonone), Terrain de la Chapelle, Paris, 1986

Shoe, Roxiz (par Jonone), terrain de la Chapelle, Paris, 1986

Dans les années 90, Shoe s'éloigne du graffiti pour devenir l'assistant du graphiste Anthon Beeke, avant de fonder la galerie Unruly.

« J'ai toujours su que ma pratique du graffiti pouvait évoluer vers quelque chose d'autre. Le graphisme m'a permis de gagner ma vie tout en faisant ce que j'aimais. Durant les années 90, je me suis petit à petit éloigné du graffiti. J'ai créé mon agence Caufield & Tensing, travaillé comme directeur artistique pour BBDO et MTV et j'ai créé ma propre agence Unruly qui s'est par la suite transformée en galerie. »

Niels Meulman, graphiste, 1990– 2000

Niels Meulman, graphiste, 1990– 2000

Quelques murs peints au début des années 2000 :

En 2007, Niels Meulman présente une partie de son travail d'atelier (à la frontière du graffiti et de la calligraphie traditionnelle) dans une exposition personnelle intitulée Calligraffiti, le début d'une nouvelle aventure.

« Avec ma première exposition personnelle en 2007 intitulée Calligraffiti, mon travail a gagné en popularité. Dès lors, fini les commandes, je me focalise désormais sur la peinture. L'écriture me passionne ; depuis les hiéroglyphes égyptiens jusqu'à la calligraphie chinoise en passant par enluminures moyenâgeuses, l'homme a toujours essayé de tracer son écriture de manière esthétique. À mon tour, j'apporte une pierre à l'édifice, j'y insuffle mon propre style, ma propre sensibilité. »

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Pour les amateurs de handstyle, Niels Shoe Meulman dédicacera son nouveau livre, Shoe Is My Middle Name, le 21 Janvier 2017 à la galerie Openspace à Paris, de 15h à 19h.

L'intégralité de l'interview de Shoe est à lire sur Spraymium.

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Down with this: Lokiss, prédateur isolé

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Lokiss, figure historique du graffiti français, fait ses armes dans les terrains vagues parisiens à la fin des années 80 en compagnie de Bando et des BBC. Dans les années 90, Lokiss prend un peu de recul pour se consacrer à une de ses multiples passions, l'art numérique. Au fil des années, l'artiste ne perd rien de sa verve, dénonçant régulièrement certaines expositions de graffiti et de street art. En 2010, Lokiss crée La Place Forte, un laboratoire alternatif où il expose des artistes issus du graffiti (Skki, Jayone, Lek), qui ferme après une courte existence. En 2013, il réalise les décors de Vandal, un film réalisé par Hélier Cisterne tout en travaillant d'arrache-pied dans son atelier.

Le magazine en ligne Down with This publie les fruits d'une rencontre entre Lokiss et les auteurs FLo, Fati et Alain Garnier. Dans cet entretien fleuve accompagné par de nombreuses photos d'archive, Lokiss révèle de nombreuses incohérences tout en continuant de régler ses comptes. Attention les yeux, ça dégomme à tout va ! En voici une sélection, à lire ici dans son intégralité :

« Quand j'ai découvert le graffiti, j'étais en 6ème dans un collège à la station Anvers, dans le 18ème. Il y avait 5 petits français de souche dans ma classe. J'y ressemblais même si je ne le suis pas vraiment. Dans la classe, y a que des rebeus bien bastons. Donc là, ça me prépare bien pour le graffiti avec la violence, bizutage et tentatives de racket. Je résiste donc je me fais défoncer tout le temps et on m'appelle poil de carottes. Quelle époque. J'aurai du choisir ça comme premier nom dans le graffiti : Poil de carotte One (rires). J'étais dans un lycée où tu avais deux choix ou tu déconnais avec eux, ou c'était l'allumage permanent. J'ai choisi la solution entre deux, j'ai commencé le karaté… J'étais un bon élève mais super déconneur, passionné par le skate et les rollers. Quand j'arrive vers la culture graffiti vers 13/14 ans je passe mes journées à faire du roller tendance dingue. Je m'accroche derrière les bus, les motos, tout ce qui peut être proche de la grosse connerie et je me balade avec des gars qui vont s'appeler plus tard les Karaï Starz. Une grosse équipe du graffiti du terrain vague de La Chapelle. C'est un peu les U.V. de l'époque. Des petits démons de 12/13 ans ultra protégés par les grands frères de Belleville. On s'est appelés Kamikaze Commando en patins à roulettes et puis après les Karaï Starz. C'est une expression que j'ai inventée. C'est vrai que d'être le seul petit blanc au milieu d'un terrain vague, c'était tendu mais j'étais habitué à ça, ça ne m'a pas déstabilisé plus que ça. »

Lokiss, 1987, Paris

Lokiss, 1987, Paris

« Au début, on va aux Puces pour acheter des bombes pour voitures et quand on découvre qu'on peut voler dans les magasins de bricolage. Là ça devient LE sport. Ça fait partie de la pratique. Là, c'est par dizaines, centaines dans les entrepôts, le BHV, les graphigro. La razzia… Même sur ce point, il y a une battle entre les crews. La mythologie se construit avec celui du hip hop et cet univers un peu mystique dont on voit que des bribes, cela construit du coup un truc encore plus mystique. Plus c'est opaque et plus c'est mystérieux. De là on est complément parti. J'essaie de commencer à danser un peu avant aussi mais c'est très complexe. C'est une époque un peu folle où chaque jour contient son lot de prise de risques, de vol, de violence, d'énormes fous rires et de grosses peurs. Réellement définir le déclic. C'est mettre une date sur un ensemble complexe d'influx simultanés et de ressentis disparates. Parfois tu aimes une femme sur un accident, je crois que le moment où je deviens un writer, réellement, pas seulement le dimanche façon hobby, c'est proche de l'accident. Cela aurait pu être la pratique d'un sport extrême. En même temps niveau extrémités le writing n'a pas à avoir honte d'un gars qui dévale une vague de 30 mètres, un hélicoptère Red Bull au-dessus de l'écume. »

Lycée Bourseuil, Paris, 1990

Lycée Bourseuil, Paris, 1990

« Personnellement, quand j'ai découvert l'univers du writing, donc en 1984, dans cette chose venant de l'au-delà new-yorkais, j'accroche principalement à l'univers robotique de Kaze2, au wild style ultime de Phase2 ou au néo panzerisme de Rammellzee. Difficile de rester totalement insensible aux qualités de Dondi ou Seen, mais viscéralement ça ne me touche pas. C'est trop doux et je le ressens comme cartoon, pubeux. Pas mon monde. A-One est extraordinaire aussi. Lee Quinones est impressionnant sur toile. Mais, d'abord la religion des engins spatiaux, des manifestes schizophrènes de Rammellzee, des missiles et des conflits spatiotemporels. Souvenez-vous des Soul Sonic Force, Jonzun Crew, les premiers singles de DST… Le futur en visionnage ghetto low tech et ultra glam. J'accroche immédiatement. Un vieux fond résiduel de culture punk flotte en moi. Et puis World Destruction hein ? Styles Wars, hein ? Pas Styles and flowers… Reste que je suis un compétiteur et que je ne vis que pour le duel au laser ! Ces cosmonautes sont déjà dans la sculpture et moi je commence à peine à savoir tirer un trait droit sans me chier dessus. Donc instinctivement, je m'impose l'obligation de renouveler le vocabulaire, ce que je fais un peu. Restons les pieds sur terre sans les freestyles de Futura 2000 ou Ramm (encore lui !), je ne serai pas allé où je suis allé. J'ai européanisé le vocabulaire. Je l'ai confronté à ma propre culture de l'abstraction soviétique aussi, du futurisme italien. Tout ça avec une technique de toy +4. J'ai dû beaucoup travailler et supporter les moqueries quand j'ai pris un rouleau à la place d'une bombe. Quand j'ai laissé de côté les argent et noir et la virtuosité mes couilles du joli S. »

« Si tu préfères l'horreur, C215 te peindra des chats. Si tu préfères l'escroquerie et la nullité, Sowat te peindra des torchons à 10k avec des métatags pour analphabètes et si tu veux promouvoir un lien social dans une banlieue dévastée, laisse JR t'enseigner les bonnes manières de la civilisation blanche. Puis il y a les retraités yankees de Paris, je dois vraiment en parler ? Est-ce vraiment utile ? Les légendes qui détruisent à qui mieux mieux le mythe sur lequel ces prétendues légendes se sont fondées. Le yankee veut du vert. Peindre avec du vert pour gagner plus de vert encore. Qu'importe s'il se ridiculise pour un dollar, s'il humilie une culture de 50 ans pour ça, tant qu'une légion d'honneur tombe. Donc, please, revenons, au mythe, pardon aux artistes. Oublions les saltimbanques, les vampires, les clowns, les décorateurs du système, et autres ex-rebelles devenus meilleurs kapos du mois. »

Lokiss, Bridlington, Angleterre, 1988

Lokiss, Bridlington, Angleterre, 1988

« A part vouloir faire un coup, Gallizia ou Vitrani en tête, pardon Monsieur Urbain 2017, et inviter ces indigènes à nous exhiber leurs maquillages rituels, leur place n'est pas dans le musée. Au fond, tant mieux. On dira sans doute plus tard pourquoi. Après cet aveu plein de louanges, oui, je me mets parfois en colère, oui, je prends un temps qui m'est rare pour écrire ces livres. Je défends un héritage avant tout. Un héritage à la limite de la langue morte. A force d'assimilation par le bas. Tu prends le langage. Tu le vides de son sens. Tu gardes l'apparence. La forme pure et tu l'utilises comme un motif quelconque. Ce que l'on nomme abstract graffiti, et dont je serais, je mets ça au conditionnel car je n'ai pas choisi cette vision, un pionnier, en est un exemple frappant. Ces longues improvisations patchwork à 25 sur des escaliers du Palais de Tokyo ou les vitres de Radio France. Tout ça ne veut rien dire. Juste une esthétique vidée de son sens. Et comme c'est abstrait, c'est pratique. Pas de violence, pas de sexe, pas de regard artistique sur l'actualité. Du néant sur du néant ? La Tour 13 avait pour seul mérite d'être finalement détruite après que les ados quadra se soient amusés. Quand détruisons-nous la Maison de la Radio puis le Palais ? C'est la logique première du writing. Dent pour dent. Contre-attaque de la pollution visuelle, de l'hégémonie culturelle. Lis Gramsci. Mais non, tu veux qu'il t'aime le musée, quitte à abandonner ta langue et ton âpreté : tu veux servir en jouant de ta posture de rebelle. Rebelle vraiment ? Tu en es tout l'inverse. Tu es celui que le rebelle, le vrai, ça ne signifie pas que je pense en être un, doit éliminer sans aucun remord. Bon, ça va, on se calme ! Les joulies fresques c'est toujours mieux que des placards publicitaires. Mais si tu prends 5 minutes pour y réfléchir. Au fond les motifs sont-ils si différents au final ? Papiers peints contre papiers peints ? Qui endort le mieux la lutte sociale ? Qui inhibe le mieux toute contestation ? Graphisme Tron et petites resucées constructivistes au scotch pour les nuls. Cool, ça évolue bien. Rappelle moi, tu peignais quoi entre 1985 et 1990 ? Tu n'étais pas né, ok. Alors pourquoi tu n'as pas inventé ta chose rien qu'à toi ? Tu es un nostalgique ou un vampire, ou les deux ? »

Sons of the gun, Lokiss, terrain vague de La Chapelle/Stalingrad, Paris, 1988

Sons of the gun, Lokiss, terrain vague de La Chapelle/Stalingrad, Paris, 1988

« J'avais peint la nuit. C'est marrant que cela aie marqué des générations. Je le trouve horrible, clairement banal. Je préfère les murs en spirales avec les losanges qui partent. Après, avec ce qui se fait aujourd'hui, je peux valider un peu le terme précurseur mais vu le niveau ce n'était pas difficile de l'être.[…] Et là, tout d'un coup, Bando est mon copain parce que je fais des lettres. Des vraies lettres. Bando vient peindre sur le mur la nuit. On est vraiment copains à ce moment-là. Je pense que je recouvre un truc à lui qui doit être détruit mais il n'est pas resté super longtemps ce mur. C'était le mur extérieur de l'avenue. »

« Je me suis fait arrêter dans le métro. Un soir, en descendant de chez Bando avec Colt, Sign et un autre mec qui avait les clés du métro, on a un peu vandalisé. Une autre fois, je suis descendu avec Jonone à New York. Quand j'ai commencé à taguer sur le wagon, il m'a dit les tags, c'est pour les toys. Ce qui est intéressant par rapport à ce qu'il fait aujourd'hui. »

Lokiss, terrain de La Chapelle/Stalingrad, Paris, 1986

Lokiss, terrain de La Chapelle/Stalingrad, Paris, 1986

« Quand les tags sont faits par Azyle je trouve ça vraiment intéressant mais bon, la même chose sur toile ça n'a aucun intérêt. C'est encore un phénomène du graffiti. Pour le coût, c'est vraiment un art contextuel. Le contexte est hyper important. C'est d'abord un art in situ. Tout est un influx, la possibilité de se faire arrêter et le truc qui est en train de se détruire, le toit qui se casse la gueule alors si c'est une friche, c'est encore pire. »

École des Métiers d'Art (hall d'entrée), Paris, 1990

École des Métiers d'Art (hall d'entrée), Paris, 1990

« Quand on n'appartient pas à l'Histoire, on s'en fabrique une. Quand on n'appartient pas au mythe, on s'en construit un et surtout, ensuite, on soigne sa communication : livres, films, interviews et autres fellations chez le premier Ministre Ayrault par exemple. Tu veux la photo ? Ce n'est vraiment pas de l'art, même pas du writing désintéressé et sauvage. Non, c'est un plan marketing. Une saloperie de plan marketing. […] 40 performances plus tard. Qui se retrouvent à la villa Médicis ? Qui finit encarté au Palais de Tokyo ? 37 autres restent sur le carreau. Faites pas de comptabilité, c'est un chiffre donné au hasard, mais les cadavres restent les cadavres. Donc le trio gagnant Lek-Sowat-Vitrani, ah il y a beaucoup à dire. Est-ce l'endroit et le moment ? Tu veux vraiment ? Ca va prendre des plombes. Chaque époque a eu ses courtisans et ses benêts oui-oui tu sais ? 100 ans plus tard, qui s'en souvient ? Qui ? Moi je me souviens de Gustave Courbet, pas des 100 seconds couteaux présentés dans le salon officiel qui lui était refusé. »

Lycée Bourseuil, Paris, 1989

Lycée Bourseuil, Paris, 1989

« Passons aux newbies. A ces gens dont on ignorait encore le nom il y a 5 ans. Ces gens qui te disent qu'ils sont donc si différents de Gallizia ou tous les vautours attirés par le rôle de meneur culturel urbain.Qu'ils en sont le rempart auprès des institutions. Le rempart à la récup' facile… Puisque toi, le vieux, tu n'as pas fait le boulot ! Et ça me donne encore des leçons, et même, sans aucun malaise, questionnent ma street credibility. Ça tombe bien, j'en ai aucune. J'emmerde tout ce qui me localise. Je suis né dans la pire banlieue et j'en vomis les prisons verticales. 10 ans, ça m'a suffi. Ça te va ? »

« Le musée n'aura jamais osé rentrer dans le hors musée, le hors cadre, le en dehors des frontières. Alors construisons un terrain de la Chapelle en 6 mois. Créons une fiction historique et vendons là comme une épopée de 100 ans aux commissaires du grand Art, évidemment ignorants du subterfuge, et surtout de l'histoire réelle. Le musée ne viendra pas à nous alors venons au musée. Attention j'ai rien contre le musée en soi. J'y suis rentré maintes fois. Sous d'autres noms, en faisant autre chose. Juste ce langage n'y a pas sa place. Point. Son contexte n'est ni celui d'une vitrine de Prisunic, ni celui d'une fausse punition de cube blanc ou de sous-sol technique. Bien loin de la zone grand art des étages supérieurs. C'est une opinion. Et elle ne bougera pas. On m'a inscrit art nègre sur une fresque dans le temps. Un skinhead a failli nous clouer sur un mur, moi et Skki, avec la même revendication. Mais ouf, on ressemblait plus à des petits gaulois égarés dans le gothic futurism, on est parti en riant. Au fond, est-ce que ça a vraiment changé ? »

Elite par Lokiss, Paris, 1989

Elite par Lokiss, Paris, 1989

« Jonone n'est pas un imposteur. Il parait qu'il se vante presque d'être un vendu. Reste que c'est un ami et que je l'évite autant que possible car malgré tout, la discussion me semble impossible. Totalement impossible. Et on devine pourquoi. Il s'est créé un personnage. Millionnaire ou presque, couvert de peintures avec un accent qui donne des frissons aux foules. Ses toiles ressemblent aux punitions d'Azyle sur des wagons entiers. Je suis naturellement plus impressionné par les saturations d'Azyle que ces toiles. Et aussi beaucoup plus respectueux de la personne même d'Azyle. Artistiquement et surtout moralement. »

Lokiss, 2014

Lokiss, 2014

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Stak, la tradition du graffiti new-yorkais

Interview Stak-02-511

Stak s'est intéressé au graffiti dès son plus jeune âge. A la fin des années 70, âgé d'à peine 10 ans, certains membres de sa famille l'emmenaient déjà pour des séances de trainspotting dans le Bronx. Pendant que les writers prenaient leurs photos, Stak s'abreuvait de graffiti sur métros. Piqué par le virus, il commence sa carrière de writer dans les années 80 avant d'intégrer le célèbre crew TFP (Sento, Case2…).

Stak & Reas

Stak & Reas

Dans les années 90, Stak peint de nombreux murs et des frets en compagnie de Sane, Todd James alias Reas, Ven, Noah entre autres. Ray Mock a rencontré cette légende du graffiti new-yorkais pour Mass Appeal, en voici quelques extraits traduits.

« Je me suis intéressé au graffiti en 1979. J'ai réellement commencé à peindre en 1981. Je voulais un alias et je voulais en mettre partout. Tout le monde le faisait à l'époque. Si l'un d'entre nous sortait un marqueur, on se ruait dessus. Dans la rue, les gamins ne criaient pas voiture ! pour cesser de jouer mais préféraient crier train ! à l'approche de celui-ci en gare. Même s'ils n'étaient pas des writers, les gamins voulaient voir ce qui se passait. je suis né là dedans, ça fait partie de mon éducation new-yorkaise. J'ai commencé à Brooklyn, à l'adolescence je me suis intéressé au Lower East Side, à Manhattan et au Bronx. J'ai pratiquement parcouru tous les quartiers. »

« Qu'importe les conditions, j'ai toujours eu de quoi taguer sur moi. Je faisais exactement ce que je voulais, taguer dans les rames en circu ou dans les dépôts. Je passais ma vie dehors. On passait notre temps à laisser notre marque un peu partout. Je ne pense pas m'être arrêté. J'ai ralenti un peu le rythme au fil des années. Parfois, il y a des trucs chiants à faire dans le quotidien. Désormais, le graffiti n'est plus ma priorité, c'est une des choses qui me passionnent toujours. J'ai assez fait de graffiti jusqu'à maintenant. »

Stak & Pepe

Stak & Pepe

Il y a certains phases que j'ai toujours aimées dans le graffiti. Je n'ai jamais voulu suivre les tendances. Chaque année il y a une nouvelle mode que tout le monde s'empresse de suivre. Je sais que le graffiti évolue, mais concernant mon handstyle, je ne veux qu'il reste tel quel. Je me suis arrêté de creuser quand j'ai considéré que ça correspondait à ce que j'attendais. La beauté est dans l'œil de celui qui regarde. »

« Je n'ai plus 17 ans. J'adore faire des throw ups mais je suis moins acharné qu'auparavant. A 17 ans, si on me repassait un throw up, c'était la fin du monde. Désormais, rien à foutre. J'ai encore plus de peinture. Je ne pense pas que ce que j'ai peint n'a résisté plus que quelques années. Tout est temporaire. Essayez d'en faire autant que vous pouvez, tant que vous pouvez. »

Interview Stak-04-511

L'actualité de Stak est à suivre sur son compte Instagram.

L'intégralité de l'interview est à lire en anglais ici.