Paris: Anatole Bouvierse, trainspotter

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Anatole Bouvierse est un trainspotter parisien. Passionné de trains et photographe averti, il poste régulièrement sur internet le fruit de sa passion. Le cliché habituel veut que les trainspotters et les cheminots détestent le graffiti. Pour lui, il n'en est rien, et il vient de s'en expliquer dans les commentaires d'une de ses photos. Nous avons pensé que son analyse, plus que pertinente, valait le coup d'être retranscrite ici. Voici donc quelques extraits de son travail photographique, accompagné du texte en question.

Petite explication suite à divers messages reçus ou commentaires. Je poste ici uniquement des photos de trains à très rares exceptions près. Les trains et transports urbains me passionnent pas que pour la raison visuelle. Dans les grandes villes essentiellement ils restent le lieu ou toutes les classes sociales sont contraintes de se rencontrer, la où tout ce qu'on peut se cacher dans des modes de transports individuels n'est plus cachable. Un mode de transport qui quand il est toujours public, n'appartient à personne, surtout pas à ses dirigeants, mais à tout le monde, et que comme les couleurs du club de foot local d'une ville, la couleur du train de la région est un marqueur du territoire. J'ai reçu de la part de certaines personnes des critiques envers des photos de tags, graffitis ou gravures, me disant le coût de ces dégradations. Ma réflexion quand je lis ça est la suivante : j'ai beaucoup de mal a cerner cette manière de cloisonner son œil sur le domaine ferroviaire. Comment aimer ce transport de masse, massif, volumineux , sale par nature, sans son décor, son ambiance ?

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« Personnellement, j'ai toujours aimé les trains, fils et petit fils de cheminots. Né en 1987, je n'ai jamais connu les décors ferroviaires sans graffiti, c'est inséparable de l'ambiance ferroviaire contemporaine. Je n'oblige personne à aimer, par contre relativisons la gravité. Venons en au coût… Selon les sources les plus hautes, le nettoyage des rames coute plus de 5 millions d'euros par an. Pour information le budget de communication, est de 220 millions d'euros, le chiffre d'affaires du groupe SNCF est de 32 milliards. Bon alors 5 millions c'est pas rien non plus. Mais à la différence du budget com' qui finit dans les comptes des régies pubs de TF1 et consorts planqué dans des paradis fiscaux, la majeur partie du coût ici c'est les salaires des mecs qui nettoient. D'ailleurs pour que ça coûte aussi peu on pourrait s'interroger sur leurs conditions de travail scandaleuses mais la personne pour s'en offusquer. Payer un mec 900 balles par mois pour bosser toutes les nuits choque moins le gentil voyageur versaillais qui est ulcéré quand la vitre de son train est un peu trop colorée pour la grisaille de son moral. »

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« Ça serait de l'argent qui n'est pas réinvesti pour améliorer le transports des usagers ? Bon déjà avec 5 millions je vois pas ce qu'on peut améliorer. Mais malgré tout, s'ils veulent les récupérer. On peut leur proposer des trucs, comme arrêter les séminaires à Tanger au Maroc pour les 1000 plus importants chefs de la boite à qui on distribue un Ipad par personne dans un but absolument pas professionnel. On peut arrêter les campagnes de dénigrement des grévistes et d'excuses démagogiques pendant la coupe du monde de foot quand les 30 secondes de pubs valent plusieurs millions. Bon j'en aurais d'autre mais j'ai déjà rattrapé 3 à 4 fois le prix de la lutte anti tags. En cette période où finalement tout devient marchand, je positive en voyant que des mecs prennent des risques au delà du rationnel pour aller peindre de manière désintéressée sur un train, dans un tunnel ou autres, pour le simple plaisir, le défi, l'adrénaline et la sensation d'être vivant. Je vois finalement assez peu de choses totalement non marchandes dans le monde actuel. Celle là en fait partie. Les mecs qui peignent une rame n'ont pas un billet de 200 euros qui sort de la dernière voiture quand ils ont fini. »

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« A l'heure ou les dirigeants SNCF trouvent formidable de faire partir les moins fortunés depuis des gares à 40 bornes de Paris regroupés dans les mêmes trains (ouigo) réinventant la 3ème classe, ferment des lignes pour des motifs de rentabilité, insultent les cheminots qui tous les jours font rouler les trains, je me dis que les vrais vandales du rail portent un col blanc, et siègent au conseil d'administration de la SNCF. Je trouverais toujours génial les dizaines de gamins qui se passionnent pour les trains de leurs villes ou leurs régions. Ils me font tripper à tout connaitre sur les trains et me libèrent des kilos de conneries que j'entends souvent. Ces gamins là parlent de leurs trains. Ils ont raison, les trains sont à tout le monde, et donc à NOUS. »

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