Citadium s'auto-vandalise

Citadium x Dea Sari - 511

On croyait que les marques de vêtements et autres commerces avaient déjà tout fait en matière de récupération du graffiti. Et bien non ! Pour sa dernière campagne publicitaire intitulée #Pasque, le service marketing de chez Citadium a probablement remarqué que les interventions récentes de Kidult contre des marques font autant de pub aux marques visées qu'à Kidult lui-même…

Du coup, l'enseigne innove en la matière et s'inspire de la méthode : deux ex-vandales, Dealyt TNI et Sari GT, sont ainsi commandités et rémunérés pour vandaliser les affiches de la marque dans les rues de Paris et dans l'enceinte de la RATP – le tout filmé pour en faire un joli spot publicitaire. A cette occasion, Bastien Landru a suivi les deux tagueurs pour Brain Magazine.

Quartier libre pour tout saccager !
Paris est la deuxième ville la plus taguée au monde derrière New-York. C'est un fait historique, depuis les terrains du quartier de Stalingrad-La Chapelle au début des années 90 aux trains de banlieues, sur les rideaux de fer de Barbès et jusqu'aux catacombes, partout où nous allons. L'ensemble de la ville située à moins d'un étage de hauteur est repeinte par des vandales. Et sans qu'on n'y fasse plus attention qu'aux putes. Des tagueurs, des graffeurs, des voyous. Ou des ex-voyous. Comme Sari et Dealyt. À quarante piges, Sari et Dealyt font partie de l'ancienne génération de graffeurs, celle des années Mitterrand-Chirac et de la tradition orale du graffiti (il fallait entendre parler d'un tag et se déplacer pour le voir). On parle d'une époque sans tuto, où les quelques fanzines comme Intox ou Zulu Letters qui faisaient office de bulletins d'information étaient diffusés sous le manteau. Mais Paris a changé. J'ai rendez-vous avec deux jeunes vieux graffeurs pour m'en rendre compte en vrai, peinture sur le mur faisant foi. 21h, j'attends. Quand arrive sur les Grands Boulevards un duo encapuchonné dans le street-wear ad hoc, bibine à la main ; il est clair qu'il s'agit bien de nos hommes.

« Par contre, tu ne prends pas en photo nos gueules. » -Sari

Il y a des règles qui ne changent pas. Des Grands Boulevards, nous crapahutons vers Châtelet à la recherche d'une surface. Il s'agit d'un coup de pub du magasin Citadium et de l'agence Les Gros Mots, qui emploie plusieurs artistes à saccager toutes leurs affiches en une nuit.

« On va commencer par un peu de throw ups, Tu vois, c'est une technique des States pour faire amplement et rapidement du gros lettrage en forme de bulles. » -Dealyt

Quand nous stoppons en face du Théâtre du Gymnase, je vois les mines goguenardes des deux tagueurs tout-sourire, face à 6 bons mètres carrés de terrain de jeux. Ceux qui n'ont jamais pratiqué ce genre de délinquance imaginent mal la rapidité de l'acte. Quinze secondes à penser au motif, quinze autres pour sortir une bombe, et une minute de quartier libre pour tout saloper. Bombe armée, marqueur ouvert. Le temps s'accélère, il fait frais dans l'air. Et pendant que les secondes tombent, chaque passant peut nous voir, eux salir, moi photographier les murs de la ville la plus belle du monde, mais – excitation – l'attention est totalement portée sur ce son : le chuintement d'une bombe aérosol qui se répand. Sari enlève son gant.

« D'habitude, ça va encore plus vite. Un camion, tu restes 5 ou 10 minutes grand maximum, tu te barres parce que le proprio maraîcher peut descendre avec son cousin pour te faire les dents. » -Sari

Citadium x Dea Sari -01- 511

Le monde (ne) vous regarde (pas)
Le Paris peint, les métros, les fresques hors-normes : tout a changé depuis leurs premiers blazes.

« Quand on faisait un train, ça pouvait rester des mois ! Tu pouvais voir ton wagon passer plusieurs fois, et tu prenais ton pied à écouter la réaction des gens quand tes dessins entraient en gare. » -Sari

23h, le PSG vient de perdre 2-0 contre Chelsea et nous marchons vers Beaubourg, où une palissade de douze mètres nous attend le long de la rue de Turbigo. Sari et Dealyt la défoncent dans toute sa longueur. Un festival de couleurs. J'esquive les voitures pour shooter. Quelques klaxons tentent bien de freiner nos ardeurs mais, rien à faire, Paris prend sa faciale. Dealyt se souvient du quartier, période début-de-la-fin-du-free-tag :

« Il s'est mis à y avoir beaucoup de caméras ici. Un soir, on faisait une cheminée blanche autour de Beaubourg avec deux potes, quand trois flics nous chopent. Ils étaient bizarrement violents pour du tag, et décident de nous emmener au poste. Et là, il n'y avait aucune bonne vidéo de nous ! Qu'est ce qu'on s'est foutus de leur gueule ! »

Plus loin, nous passons devant un kiosque recouvert d'un grand Sari peint en blanc :

« Celui-là, il date d'il y a un an ; c'est long pour un tag, mais ce kiosque ferme tard, aussi. Sur la petite ceinture, j'ai un tag qui date de 1994 ! » -Sari

La RATP ne laisse plus passer un seul spray. La rue est enregistrée. Et pourtant, quand Dealyt pose un épais The Next Invasion au nez d'une passante sexagénaire Place de la Bastille, il n'y a aucun malaise.

« Ha bon, vous travaillez ? »

demande la vieille dame, sans étonnement. Plus loin, des skateurs ralentiront pour regarder sécher. Nous sommes là où, il y a 20 ans, Sari et le crew TEH se donnaient rendez-vous le jeudi à 18h pour faire du vandale.

« Tu vois qu'aujourd'hui à Paris, des gens sont habitués. Parfois ils aiment même le graffiti. »

Bizarre. Dans une société qui laisse l'art du graffiti le cul entre deux chaises (le musée ou la cellule de dégrisement) mais qui reconnaît entièrement qu'il s'agit d'une performance (réussir sa connerie), difficile de faire la différence entre le bien et le mal.

« Dans les années 90, il y avait même un vieux flic en pré-retraite qui a fait sa propre brigade anti-tags, composée essentiellement de flics en civils. Et ce vieux policier était fan de graffiti ! Il a même dit à un copain j'adore ce que tu fais ! » -Dealyt

Plus tard, quand les derniers métros nous emmènent en bas des tours de la Place d'Italie, l'ambiance est moins cosy, et les peintres doivent agir entre deux sirènes de police. Il est tard. Les derniers chalands sur notre route profitent de la largeur des trottoirs pour ne pas trop s'approcher. C'est à la frontière de ces nouveaux buildings que nous nous séparerons. Citadium x Dea Sari -02- 511

En 90, quand Dealyt revient de New York, il importe à Paris le crew TNI (The Next Invasion) que rejoindra ensuite Sari. Ils seront les premiers à faire du graffiti et non du simple tag sur les métros et dans la rue.

« C'était la seconde génération de graffeurs à vraiment faire le boulot. »

Aujourd'hui, même s'ils se sont un peu calmés, Dea et Sari peignent encore très vite. Je les ai suivis tardivement un soir de printemps, sur les murs de Paris que je vois différemment.

La vidéo dans laquelle on trouve aussi des séquences en compagnie de Gebonz, Golf, Nosé, Dire et Accuz :

17 commentaires

  1. Capdorigine le

    Tout ça pour quoi? De l’argent? Si peu pour vous, et tant pour les propriétaires qui commanditent ce genre de campagne pourrie pour buzzer pour qu’les jeunes viennent dépenser leur argent d’poche dans leur magasin. Putain mais vous êtes pas obligés d’revenir les « old-schoolers », surtout pour vous affirmer « les premiers à faire du graffiti et non du simple tag sur les métros et dans la rue »…pourtant vous êtes amis avec les AEC, qui ont eu quelques annicroches à cause d’un ego trop fort et du même type de revendication. Tout devient tellement fake, c’est de pire en pire. Déjà que SARI avait anéanti une partie des stores magnifiquement remplis de tags de 15 années d’activité…après si ça avait pas été lui ça aurait été un autre mais bref…

  2. northernsoul le

    Bon bah voilà je voulais commenter mais cap d’origine a déjà tout dit…

  3. Vendre son boule pour quelques petits billets, quelle tristesse… Elle avait bon goût j’espère au moins.

  4. yop le

    Les GT j’en ai ma claque, toujours a fanfaronner depuis 15 ans sur leurs quelques annees d’activite. A occuper les devants de la scene alors qu’ils y a tellement d’autres gens a mettre en avant. On dirait des vieux schlags qui rabachent sans cesse « moi quand j’etais jeune… » Trouvez-vous un vrai boulot !

  5. Miche lMichel Michel le

    Paris la 2eme ville la plus taguée au monde ? Marseille est pas censé etre la ville la plus taguée de france ? Je pense qu’on a tous le même avis sur ce genre de blague…

    • freddy krugger le

      bien sur que c’est marseille et de loin !

  6. Donjon le

    A Marseille il y a beaucoup moins de nettoyage qu’a paris! Ici le nettoyage est incessant, une rue peut se faire éclater pendant le week end et être clean deux jours après.

    • n'importe qui ou quoi le

      c’est un peu partout pareil

    • Nebout le

      Il faut le fini-parti également pour le graffiti.

  7. zeubilamouche le

    « Ici le nettoyage est incessant, une rue peut se faire éclater pendant le week end et être clean deux jours après. » C’est la même à Marseille!

  8. n'importe qui ou quoi le

    Les Gt à l’image de kidult deviennent aussi lourd que le buzz d’Enora malagré.
    Que dire face à cette promo-capitalisme-graffitesque… eh bien voilà graffiti is dead! et tant mieux, bien fait pour le graffiti qui est devenue une blague géante, quand tu vois les nouveaux graffeurs qui pour la plupart ne connaissent rien à part les cours de branlettes des beaux-arts… génial.

    Cette génération de « followers » « hashtag » avec toutes les fautes d’ortho, citadium génération macdo, iphone6, débilité mentale, branlette youtubesque… pas pour moi, non merci. Si c’est ça être « évolué », « moderne », « dans le mouv' », et bien je préfère rester au moyen-âge que d’avoir à subir ce harcèlement.

    pitoyable, sari etc, etc,… de même toutes ces expos à la cons (à part quelques rares types a qui il reste un gramme d’humilité), moi franchement ça ne me fait pas déprimer comme cap d’origine car lui il a tout misé sur le graffiti on dirait, moi sérieusement ça m’amuse de voir le graffiti partir un peu en sucette. mais il es loin les temps des radical « gettin fame », notre génération 90 était quand même plus bandante.

    Bon courage à vous tous, je compatis

    • Capdorigine le

      Je n’ai pas « tout misé » sur le graffiti. Et je ne regrette pas l’époque Gettin’ Fame. Je ne regrette rien, à toutes les époques il y a eu des mauvais trucs, mais là la proportion devient dépitante…

    • oim le

      Tu es un peu radical quand même. Le graffiti est loin d’être mort c’est comme le rap faut faire le tri y a à boire et à manger et je fais des fautes d’ortho mais je ne pense pas être un débile mental pour autant…
      ps: cette vidéo sent le caca

      • Nebout le

        Disons que c’est toujours plus intéressant quand tu es au début d’une histoire, que la plupart des gens déteste ce que tu fais, et que tu t’identifies à une contre-culture. En 1990, le graffiti en était à la page 3, aujourd’hui il en est à la page 667 et l’encre est d’or tandis que la reliure est en cuir de chamois.

  9. heul le

    citadium kiffe le vandal ….
    Rayures et acide sur leurs vitrines…
    Ils vont surkiffer…

  10. JohnDoe le

    En plus, Sari qui se la raconte genre j’ai tapé des métros comme j’allais chaque jour au boulot…c’est juste comique !!! Genre le gars était un pro du métal…quel gros mytho !!!!
    De toute façon, tous ces bouffons ont commencé en 1984 si tu lis leurs interviews…et même avant Mode II pendant qu’on y est !!
    Pitoyable…

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