Interview José Parla

Interview Jose Parla - 511

José Parla est un artiste américain qui a commencé à peindre dans les années 80 à Miami sous le pseudo Ease en compagnie de son frère. S'extirpant de sa condition sociale misérable, il intègre le Savannah College of Art and Design puis The New World School of the Arts pour compléter sa formation artistique. Il peint depuis en atelier et dans les rues de New York à Miami en passant par Cuba.

Hugo Vitrani s'est entretenu avec José Parla entre Downtown et Brooklyn.

« Ce qui m'intéressait, c'était de ramener l'écriture et le langage sur la toile, travailler les couleurs et les émotions en peinture. Cy Twombly l'a fait avec ses écritures linéaires et poétiques. Phase 2 a amené la 3D de la lettre avec ses master pièces, c'était un maître pour beaucoup de gens, Basquiat peignait Samo, mais il était aussi imprégné de l'histoire de l'art. J'ai découvert le travail de Cy Twombly quand j'étais étudiant en école d'art, je faisais très bien les natures mortes et autres exercices classiques, mais je voulais amener dans mon travail sur toile ce que je faisais dans la rue, ce qui se passait dehors, dans la ville. Faire des peintures qui ressemblent à des choses détériorées, en intégrant aussi dans mon travail le style d'autres writers. Mon professeur n'appréciait pas ce que je faisais, il considérait que ça n'avait rien à voir avec de l'art, jusqu'au jour où j'ai découvert un livre de Rauschenberg avec des photos d'un atelier qu'il partageait avec Twombly. Il y avait leurs peintures, en noir et blanc, comme des palimpsestes. En approfondissant, je suis tombé sur les œuvres de Brassaï, Antoni Tàpies, Mimmo Rotella, Jean Dubuffet, Aaron Siskind et je suis allé régler mes comptes avec mon professeur en lui demandant pourquoi il ne m'avait pas enseigné ces artistes plutôt que de rejeter mon travail. »

« À l'époque, il y a eu des milliers de gamins qui ont eu besoin de peindre dans toute la ville, qui ont évolué en partant de signatures jusqu'à des peintures énormes et colorées sur les métros et les murs. Personne n'avait rédigé de manifeste, c'est né à New York et Philadelphie et ça s'est propagé dans le monde entier, illégalement. Le respect de la propriété, quand tu es jeune tu t'en tapes. Certains sont plus conscients que d'autres. Moi je n'aurai jamais peint sur une église ou sur une institution, mais j'ai peint sur des trains, des murs, des ponts. D'autres s'en tapent et taguent sur tout. Lorsqu'il a été décidé d'effacer toutes ces peintures, il y avait une vraie guerre contre la jeunesse. Est-ce une destruction de l'art ? Oui. Mais notre histoire est aussi bien documentée donc elle vivra toujours dans les mémoires et continuera d'influencer les générations futures. »

« Je peins depuis 1983. Inkheads, c'est arrivé en 1991, c'était un groupe qui se distinguait de ce que faisaient les autres writers. On investissait des lieux abandonnés que l'on transformait en galerie d'exposition, on installait même des systèmes de lumière, on organisait la présentation comme des curateurs. En parallèle on était toujours très hardcore dans les rues des villes. Avant tout ça, quand j'étais vraiment jeune, j'étais dans plusieurs crews de Miami avec mon frère Faz. Mon expérience vient de cette époque, j'y ai développé mon style, ma technique. Imagine le temps que l'on a passé à peindre en réfléchissant à comment évoluer! Avec les Inkheads il s'agissait de retourner aux sources. À l'époque, tout le monde faisait des grosses fresques avec des lettrages, des personnages, des comics et des fonds communs. Alors on a décidé de mettre tout ça de côté et de ne garder que l'essentiel : le writing, avec des marqueurs et de l'encre et pas de bombe de peinture. On savait faire des pièces, des brûlures, mais on voulait retourner à la racine, le bombing, le tag, l'encre. C'est toutes ces expériences et réflexions qui m'ont amené à mes peintures d'aujourd'hui : je voulais faire des peintures qui ressemblent à des captures des environnements dans lesquels j'évoluais. »

L'entretien vidéo sous-titré en français :

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