New York: Interview Skeme

Interview Skeme - 511

L'équipe australienne de Montana Colors s'est entretenue avec le légendaire Skeme TMT, un writer new-yorkais passionné de lettrages, qui vient tout juste de quitter l'armée après 30 ans de bons et loyaux services. On se souvient de sa prestation en compagnie de sa mère dans le documentaire Style Wars et de ses pièces en avance sur leur temps. Le photographe Henry Chalfant a fourni des photos inédites pour l'occasion.

« Je m'appelle Skeme, je suis un writer new-yorkais des années 80. Mes crews sont TNT TDS INDS 3YB TED et TC, je suis aussi membre du crew TMT (The Magnificent Team). Je sévissais aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur des wagons sur les lignes 1, 2, 3, 4, 5, A, CC, D, E, F, M, j'ai fait aussi quelques bus […] Le meilleur spot pour peindre était le 3 yard. Situé à côté de chez moi, ce dépôt abritait aussi bien des rames de la ligne 1 et 3. Les lignes 2 et 5 étaient particulièrement convoitées, car elles sont aériennes. Les rames étaient de beaux IRT, lisses, parfaits pour peindre.[…] C'étaient les lignes que je prenais quotidiennement, il fallait que je vois mes pièces tourner. »

« Je suis parti à l'armée à 17 ans. J'y suis resté 30 ans et pourtant le graffiti a gardé toute sa fraîcheur pour moi. En ce qui concerne la célébrité, j'essaie de rester humble. Je pense que c'est important d'être accessible, de communiquer avec les jeunes writers, parce qu'ils sont le futur du graffiti. Je n'ai jamais été élitiste parce ce que personne ne l'a été avec moi. […] Je ne suis pas le type de personne à chercher les embrouilles. Mais, c'est parfois inévitable […] Si tu appartiens à un crew A et qu'il a des embrouilles avec un crew B, devine quoi ? Tu as des embrouilles. C'est comme ça. Les embrouilles conduisent parfois à avoir des regrets. Il y en avait une avec le crew CIA, mais le fait est que j'ai toujours apprécié les pièces de Dondi et que j'aurais vraiment aimé peindre avec lui. C'est une opportunité perdue à cause d'embrouilles dont je ne me souviens même pas. »

« J'ai dit que je n'avais pas commencé à peindre pour finir dans une galerie à Paris. Mais je crois que le graffiti en galerie est une évolution du mouvement. L'ère du graffiti sur trains, ou sur n'importe quelle surface illégale est terminée. De nombreux pays ont durci leurs lois concernant le vandalisme. Je crois donc que c'est du ressort de ma responsabilité d'éduquer la génération suivante, pour qu'ils ne jouent pas leur avenir sur un coup de dés en tentant d'égaler nos exploits. J'ai de nombreuses passions dans la vie, les femmes, mes enfants, l'armée, mais le graffiti reste une part de ce que je suis. Le graffiti m'a modelé de différentes manières, c'était mon job à plein temps. Je vivais, mangeais et dormais graffiti. Une pièce commence par une idée transcrite sur un papier. Ensuite, tu dois trouver les outils adaptés, prévoir quelle va être la cible et peindre. Ça ressemble beaucoup à une mission militaire, non ? C'est ce que le graffiti m'a, entre autres, apporté. Être organisé et avoir les compétences d'un leader m'ont rendu de grands services dans mon job. D'un point de vue personnel, le graffiti me permet de transmettre une légende à mes enfants. Peu de gamins peuvent se vanter d'avoir comme père, un writer connu qui peignait des métros dans sa jeunesse. »

« Je reste un puriste de la lettre. Je ne suis pas un muraliste, je suis un writer. Des lettres, du style, un perso, c'est tout. Je n'ai aucun regret, j'ai été honoré de servir mon pays, je me suis fait de nombreux amis, j'ai eu des expériences personnelles et professionnelles qu'une personne lambda pourrait à peine imaginer. Qui sait, j'aurais pu être exposé dans une grande galerie, mais je suis heureux et en bonne santé. Et surtout, je suis encore en vie. »

Les produits disponibles de nos jours sont dingues, la peinture, les caps, les marqueurs, les encres… A l'époque nous devions globalement nous contenter de Rustoleum, Red Devil et Krylon… Les caps d'origine pour les skinnys et les Niagra Starch pour les fats. Il fallait aussi gérer avec la pression des bombes. Krylon avait des super couleurs mais pour la plupart c'était de la flotte. Il fallait vraiment maîtriser. Les peintures aujourd'hui sont mortelles. Depuis que je me suis remis à peindre j'ai utilisé de la Montana Colors sur tous mes plans. C'est de la bonne peinture, plein de couleurs dingues, elle sèche rapidement et coule peu, mais le top c'est qu'elle est spécifiquement faite pour les graffeurs. Je veux pas dire que les nouveaux graffeurs l'ont facile… Mais les nouveaux l'ont facile.

L'interview est à lire dans son intégralité en anglais ici.

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