
Gossip Graffiti a interviewé Drone DT15, un old-timer qui a connu les premières heures de gloire des métros et des trains parisiens aux côtés de Pseye, Oeno ou Fal1. On a sélectionné quelques extraits et anecdotes.
« J'ai commencé le graffiti à 13 ans, en 1984, dans le 12ème, avec un marqueur Stabilo Boss, et un blaze à l'encan, Fluo. Passant mon temps à dessiner sur les marges de mes feuilles, puis les tables, la migration du break que je pratiquais sans génie au graffiti s'est faite progressivement. Médiatisation des Zulus, émission télé, encart graffiti métro MTA dans un Titan, et surtout un linteau décoré rue Traversière, sur le premier Sound Record, je pense que c'était un Sound Record, m'ont conduit à m'y intéresser. Il y a eu aussi cet article sur Costa ou Kosta, le prof graffiteur. Arrivé au lycée en 1985 dans le 4ème, je fais la connaissance de Stuff aka Kraze RRC qui à toutes mes tentatives de fraternisation m'opposa sarcasme et mépris, puis de Reok qui me fit entrer dans les ADR et les TAG avec Asker. La suite, rencontre de Dr Scratch, qui devint Echo et qui m'offrit la joie insigne d'assister place des Vosges à la dépouille de ce prétentieux bourgeois de Krase, rencontre de Gandi et Gemo RRC au terrain de Scare TRP rue Pirandello, qui, eux, me traitèrent avec respect et patience lors de mes séances de questions sans fin, création du M cru (MDM, le M entouré), rencontre avec Pseye qui m'invita dans les SOS puis de Fal1, création des DT15, etc… »

« A un moment donné, fin 91, les connexions devinrent plus nombreuses. Mon ami Pseye s'associa avec Sylvain Doriath alias Eresy 4AD. Ils peignaient de plus en plus de trains. Ainsi découvris-je Garches, et de manière générale ce que j'appelle la chasse gardée des ASA et DUC, à savoir la PSL. J'ai fait 5 ou 6 virées là-bas, avec Togs TFB VEP, Defun 4AD, Eresy 4AD… Décembre 91, j'ai aussi tapé Vaires sur Marne avec les Eresy et Defun qui tenaient, hallu totale, à pomper des lettrages style bandelettes que sortait Number 6, sur les trains. Inimaginable, je cogne deux windown downs sur un wagon, chrome, outline Krylon bleu Boxer, en 30 minutes et ces oubliés de la génétique font de la copie de maître en largeur 2m et quelques sur 60cm de haut, en plus d'une heure. A un moment arriva ce qui devait arriver, maître chien, course poursuite, chute dans une fosse de réparation, perforation du grand oblique, sang qui coule… Je retrouve ces pathétiques énervés dans leur caisse. Je pisse le sang, leur demande de me ramener chez moi pour que je m'occupe de refermer tout cela et me vois opposer un refus au titre de ce que Monsieur Eresy n'avait pas sa tof. Je colmate la plaie avec le bonnet Lakers que Daes m'avait prêté (don du ciel, merci Tarek) et je me dis que tant qu'à faire, autant lui faire bouger sa caisse, garée avant un pont sur lequel passe la voie. Cramé de chez cramé, ou Nedro et les tebês, ça aurait pu faire un beau titre de film non ? Donc, nous bougeons la gov, dans le parking d'une cité, tranquille. Son altesse se barre prendre ses tofs, non sans lui avoir demandé d'ôter de ses poches caps, gants latex… Il revient 15 minutes plus tard, sauté trois fois, une fois avec le maître-chien et des schmitts qui ne l'ont pas reconnu, une seconde par des schmitts en caisse, la troisième par la BAC. Je le savais… Ensuite, laborieux retour sur Paname, en lui demandant bien gentiment de quitter Vaires vers la province et non Paris où les lardus n'auraient pas manqué de nous topper. Soirée marquée du sceau de l'égoïsme. Toujours se fier à sa première impression, Yepse et la clique ne voulaient pas venir. Quatre mois sans sport et une cicatrice d'enculé. Un mois plus tard, Eresy balançait Pseye, que je perdis de vue. Pseye le seul à ne m'avoir jamais abandonné, de quelque manière que ce fut. Perdu, affamé, à la ramasse, il m'a toujours affranchi, et je lui en serai éternellement reconnaissant. »

« La première fois que j'ai tenté de peindre un métro… Peint ? Enfin, je dis peint, je n'ai jamais su peindre comme Pseye, Colorz ou Pozer qui posaient de belles lettres propres. 1990 Michel Ange Molitor. Je rate le rendez-vous DT15 à Richard Lenoir et me mets à rôder. Incidemment, je finis dans la boucle de la 10, à Chardon Lagache si je me souviens bien, que je repasse plusieurs fois afin de tenter de mieux discerner une ouverture dans la paroi du tunnel par laquelle j'ai cru voir un train jaune clair. Au final, je me colle dans la cabine conducteur en queue, ouvre la porte et saute alors que le train va arriver en station. Dix ou quinze mètres à rebrousser chemin dans le tunnel puis l'ouverture se présente sur ma droite. Je me faufile, la gorge sèche comme lors d'une mauvaise angine, mes rangers font un bruit de dingue sur le ballast, je respire trop fort, je pense trop fort. Puis le calme survient, à la semblance du second souffle en cross. Et là, je prends une courbe avec ces si jolis métros de la 10. Pop, ce seront des flops tout laids, morch comme disait Kone, chrome et noir. J'ai dû passer une vingtaine de minutes en apesanteur. »

« Ivry, dans la rue en bas de la cité d'Ange DT15, il y avait une trappe, pas loin de notre pièce Artist (Petit message en passant pour remercier le fan d'Ace MPV, qui lui colle des RIP et des kasded dans Ivry, et qui nous l'a toyée avec ses dédicaces Post Mortem.) Bref, un samedi, la clique se rassemble Ange, Le Homard, Eaze, Pseye, Dystur,Pozer, Colorz, Oeno et votre humble serviteur. Ange décide de cogner les moteurs, les autres peignent des lettres avec moi. Moments de joie hors du temps. Mes peintures finies, un Drone avec un E immonde et un Faut Tout Sakma en drops morch pas remplis, je me dis que comme les TCG qui avaient laissé des traces dans le dépôt, j'allais en faire de même. Je remonte ensuite avec Le Homard, et on pose des blazes dans le tunnel vers Pierre Curie à la Rusto marron Fat cap. Cependant, en revenant de notre ballade, nous entendons un grand bruit de piétinements, puis plus rien. Après coup, nous apprîmes que Dystur avait cru que les schmitts arrivaient, et avait par voie de conséquence fait détaler tout le monde. Passés sur le quai des arrivées, nous entrons dans le dépôt pour voir ce qu'il s'est passé. Personne. Nous attendons 5 mn, il est près de 3h30, et nous nous dirigeons vers la seconde sortie. Grilles fermées, Ange a ma 11-01… Nous redescendons les marches afin de rentrer dans le dépôt et ressortir par la grille d'aération, et là nous entendons Pseye nous héler. Voilà ce qu'est un ami ! Le seul qui est revenu nous sortir, le seul. Un ami ne laisse jamais quelqu'un sur le carreau, et n'abandonne jamais les siens, point final sur la leçon. »

« Je suis entré SOS après avoir foiré le Bac en 89. Scai, Borez, Pseye, Kone m'ont initié aux subtilités du dépôt. J'étais tellement attristé d'avoir déçu mes parents pour cette histoire de Bac que j'ai eu pour me rattraper de ces quatre mois d'abstinence une envie de vivre à 100 %. Camions, RER, métro, rues sur le chemin du PC, je me suis gavé. Avec Kobz MDM DT15 TBA, nous avons même cogné Denfert la nuit du 14 au 15 juillet. Tout le monde était dehors, sauf les gardiens, bizarre. Ensuite il y eut cette période DT15, plutôt DT15 NPA TEH TKE DAP CMP. Il y avait toujours des nouveaux aux rendez-vous. Le samedi, c'était Cléton rue Saint Sabin pour les Buntlack et les Posca, le centre commercial Beaugrenelle pour les Do It, Métro ou Rougié et Plé pour la Jet, Soufflot pour la Magic et la Flo Master, Graphigro rue des Boulets pour les Krylon et les Buntlack. Et j'en passe. J'étais toujours très précautionneux, mais les autres… Pseye faisait tout valser, Fal et Oeno se gavaient à grande vitesse, de purs malades. Le samedi soir, de temps en temps je me collais à un plan VEP, avec des fois des attentes marrantes comme cette fois où avec Colorz et Oeno on a perdu presque trois heures, dans un local à poubelles d'une cité de Vincennes attenante au dépôt, puis retour maison sac plein, plan cramé. Le dimanche donc, c'étaient les rendez-vous Richard Lenoir. Les dépôts certaines fois, c'était folklo, ambiance la queue à la Poste les jours de RMI. 93MC, VEP, DCA, CP5, SAS, KTG, HKG, MKC, AEC, DCP, 1999, TNG, DKG, DAP, 41CM, DSE et autres ne laissaient aucun répit au matériel. C'était la teuf. Période extrême, où nous vivions une vie 80 % du temps, celle du graffiteur, et vivions la vie de gens hmm hmm normaux les 20 % restants. Jamais pu vivre correctement, ni entretenir une relation stable avec une femme car tout ce qui ne relevait ni du graffiti ni de l'optique d'un diplôme ne bénéficiait à l'époque que du strict minimum, à savoir en dernier, après le peu de temps que je consacrais à dormir, c'est dire… »

« Aucun remord, aucun regret. Je ne regarde pas en arrière. Le passé a conditionné une bonne partie des malheurs de mon peuple, nous en payons toujours le prix infâmant. Je tente pour ma part de reprendre ce qui m'a été spolié tant par l'histoire réécrite par les vainqueurs, que par cette prostituée que l'on nomme à tort démocratie. C'est assez de travail pour qui regarde devant lui ! Nous écrivons notre vie, nous ne la pleurons point. Parallèle à tirer pour les bourgeois qui parlent à tort de street art et post graffiti. Il n'est pas de postgraffiti car 1 : cette pratique n'est qu'un ersatz de la nôtre, et 2 : le graffiti vit et continue de vivre. Il n'y aura jamais, n'en déplaise à la Baltringue de Delamarre de la fondation Cartier ou aux ignares d'Etapes Graphiques, de post graffiti. De toutes les manières, le graff, et son appréciation en France, ne sont qu'illusion fondée sur la rumeur, le paraître et les compromissions. Il n'est point d'innocence en ce milieu, juste des nuances dans la collaboration servile entre art brut et art pute. »

L'interview est à lire dans son intégralité ici.








Big up Drone !! Nous avons passé des moments bien sympas à cette époque !! Tarek aka Daes
Salut Drone, marrant de voir qu’on a pu croiser les mêmes gars avec des attitudes bien différentes, je pense à Kraze, certainement dû à cette « étiquette » de ce qui tenait finalement plus d’ une société de cour, prétention, suffisance…Dans le CBA de l’époque on faisait de tout, moi c’était le Pera, mais comme on était tout le temps ensemble, ton article me rappelle trop de souvenirs…La tof du tag de Yuboy, je connaissais bien son reuf…le 12 homie, bonne route drone et merci au site pour les bonnes vibes, A+