Vol des mosaïques de Invader, la Mairie de Paris porte plainte

Invader vol Paris-01-511

En 2016, Invader intentait un procès contre 2 personnes qui arrachaient ses mosaïques dans les rues de Paris. Malheureusement pour lui, les prévenus se sont défendus en déclarant qu'ils n'avaient aucune intention de les revendre et ont été relaxés par le tribunal.

Rebelotte en 2017, avec un nouveau duo d'arracheurs qui opère depuis le début de l'été 2017 dans les rues de la capitale. Repéré par les fans de l'artiste et dénoncé sur les réseaux sociaux, le duo prétend travailler pour la Mairie de Paris.

« Plusieurs centaines ont été volés en quelques années. Une grande partie a probablement été réduite en miettes lors de leur arrachage (je soupçonne alors les voleurs de les reconstituer avec des carreaux neufs!). »
-Invader

« Ce qui est malheureux c'est qu'environ 80% des arrachages proviennent de 3 ou 4 personnes qui se sont spécialisées dans cette pratique. »
-Invader

« Je travaille avec des matériaux de plus en plus fragiles et des colles de plus en plus fortes, je ne signe pas mes mosaïques de rue et je fais confiance aux maisons de ventes aux enchères et aux galeries sérieuses, qui n'accepteront jamais de vendre une œuvre provenant de la rue. »
-Invader

« Ça me gâche tous mes étés. L'an dernier j'ai passé un mois sans dormir… Mais finalement les choses viennent de s'accélérer car ils ont été surpris et photographiés en flagrant délit et les réactions sur les réseaux sociaux ont montré une prise de conscience du public, je me sens moins seul.»
-Invader

Réagissant au buzz déclenché par cette affaire sur Internet, la Mairie de Paris, s'est empressée de réagir :

« Sur les photos, on les voit habillés normalement, avec des gilets jaunes qu'on peut trouver n'importe où, alors que les employés municipaux portent un uniforme. Et non, la ville de Paris ne fournit pas encore de Mercedes à ses employés. On voit bien que l'échelle est posée assez grossièrement. Niveau sécurité, c'est pas du tout ça. »
-La Mairie de Paris

Une situation assez particulière, sachant que Invader demande rarement l'autorisation de coller ses mosaïques. Bénéficiant désormais d'une renommée internationale, certaines copropriétés protègent désormais ses œuvres réalisées illégalement.

« Ces vols, c'est un problème. D'ailleurs, boulevard Saint-Germain, au niveau d'Odéon, une copropriété, fière d'avoir sur son mur une mosaïque de l'artiste, l'a protégée en y mettant un verre antivol. »
-Jérôme Coumet, maire du 13ᵉ arrondissement

-Avant

-Avant

On assiste à un véritable paradoxe, Invader agit illégalement en collant ses mosaïques, les voleurs les arrachent, ce qui déclenche la fureur des fans. Peut-on parler de droits d'auteur pour une œuvre placée sans autorisation dans l'espace public ?

« On peut à la fois dire qu'il n'a pas de droits et que le propriétaire a des droits à lui opposer, mais l'artiste a créé une œuvre et, si elle est reconnue comme une œuvre, il a des droits dessus. Le fait que le statut de l'artiste soit reconnu ne change rien à son statut officiel mais cela va changer énormément son statut de fait. Si je suis l'avocat qui défend les intérêts de cet artiste, je vais dire : Attention, il est connu partout ! et le juge se sentira presque obligé de le reconnaître. »
-Michel Vivant, professeur à Science Po Paris et spécialiste de la propriété intellectuelle

-Après

-Après

Un duo d'arracheurs pas si bien informé. Dans leur élan, ils ont confondu une mosaïque de Djoul avec une mosaïque d'Invader.

-Mr Patate par Djoul

-Mr Patate par Djoul

La Mairie de Paris, consciente du flou juridique encadrant le street art et de l'intérêt porté par les électeurs à cette pratique, laisse tout simplement à ses services de nettoyage la tâche de choisir ce qu'il faut faire disparaitre ou pas :

« Nous continuons de lutter contre les interventions illégales et dégradantes dans l'espace public mais la plupart des tags retirés par la DPE ne représentent aucun intérêt artistique. Nous travaillons depuis longtemps avec une approche intelligente et différenciée : quand les agents repèrent une intervention intéressante, ils appellent la mairie d'arrondissement qui souvent connaît les artistes qui interviennent sur leur territoire, et il arrive que nous décidions de laisser l'œuvre de street-art vivre sa vie, comme par exemple les collages Co-Exist de Combo après les attentats ».

Que les nombreux fans d'Invader se rassurent, La Mairie de Paris semble avoir trouvé la parade en portant plainte contre X, non pour vol, mais pour usurpation de fonctions…

Sources : France Culture, Libération, Le Parisien

14 commentaires

  1. Papa le

    Pauvre pleureuse.

  2. craycray le

    Les employés municipaux ne portent pas de slim

    • sherlock holmes le

      Élémentaire, mon cher Watson.

  3. SalsaDuDémon le

    Que de la merde… surtout ceux qui participent à la dénonciation sans comprendre que c’est à l’encontre de la démarche graffiti sauf si tu capitalises la ville pour assurer ton image et là encore Cinéma, cinémaaaaaa sauce Street-art…. En bref pratique illégale = pas de droits en fonction du principe que « nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude », l’oeuvre est accolée au mur donc n’est pas solidaire de celui-ci ce qui amène le fait que les copropriétés ne peuvent pas prétendre à sa propriété et se faire reconnaître comme artiste par ce biais est un peu facile voire léger. Quand tu interviens dans la ville tu dois considérer que tu lui offres tes traces en offrande et c’est en ça que celui qui la récupère est le seul à pouvoir en prétendre la propriété et tant mieux parce que ce sera sûrement celui qui aura fourni le plus d’efforts… c’est AUSSI ça ui est bien parce qu’il devra faire une performance pour ça, de l’art brut en somme 😉

  4. SalsaDuDémon le

    PS : Coexist n’est pas de Combo mais d’un artiste polonais qui en a offert l’utilisation au monde entier donc Combo si tu m’écoutes tu ferais mieux de te concentrer sur ton message propre qui passera forcément par un outcoming et assumer le fait que tu n’es pas assez bronzé pour jouer au basané 😉

    • Nietzsche ta reum le

      Space invader, comme combo sont des artisans qui ont récupéré des oeuvres ou des imageries en les modifiant à peine. C’est plus de l’opportunisme que de la création artistique. En gros, c’est juste du street marketing, se faire connaître dans la rue pour mieux vendre à tout un tas de blaireaux ( ou consommateurs, pardon) convaincus que c’est de l’art.
      Forcément ça plaît car ce sont des icônes déjà populaires avant eux qui les ont fait connaître.
      Si un jour on les voit prendre des risques hors de leur zone de confort de commerçants je serai le premier à les applaudir! En attendant, si je veux voir un art libre et riche, je sais pertinemment que je ne me tournerais pas vers tout ce qui est collage ou pochoir, trop facile déjà pré mâché et pré digéré. Un peu comme du mcdo quoi. (des exceptions existent toutefois mais confirment la règle)

      • SalsaDuDémon le

        Je partage forcément ton avis, j’y rajouterais les pochoiristes et tous ceux qui font la majorité de travail à la maison sans comprendre forcément que c’est aussi la dimension spatio-temporelle de la création in situ qui est justement LE moment qui mérite de laisser une trace.
        Tu remarques aussi que ces semi-professionnels se divisent en quatre catégories : ce qui ont fait un BTS com ceux qui ont fait une manaa, ceux qui ont fait de l’art en hobby jusqu’à la retraite et les autres qui ont au moins le mérite d’y aller à la zob.
        Après bien sûr il y a le débat de l’artiste, le fait que dans « l’art rien ne se créait et tout se recycle », qu’on est dans une parodie ou l’hommage ressemble à de la copie c’est pour ça que je ne m’intéresse qu’au travail de gens qui font la synthèse/digestion d’au moins trois courants dans leur travail, après je regarde le discours et souvent je vomis d’empathie… être artiste n’est pas une fin, une fonction ou un statut ce n’est que le début du travail, un peu comme le graffiti en somme :)

        • SalsaDuDémon le

          Pour la sauce du chef, je disais 3 courants remixés en simultané bien sûr sans retranscription autre que l’esprit et non pas des copies successives d’effets ou de motifs

        • SalsaDuDémon le

          Et je pense que bien sûr le pire c’est les gens qui s’y intéressent parce que c’est tendance et qui se limitent aux rendus pour briller en société grâce à des selfies avec des artistes accessibles et tellement talentueux…. presqu’autant que ceux qu’ils copient. Le jeu de dupe c’est que tout le monde se contente à condition que personne bouge parce que sinon c’est l’équilibre de l’ensemble qui est en danger donc on privilégie le cool/fun aux choses plus lourdes mais autrement plus essentielles que de bouriner pour être à l’heure pour sa dernière expo et devenir de fait son propre manutentionnaire pour des événements culturels galvaudés de décorateurs entraînés.
          Le spectacle c’est surtout celui des gens qui pensent exister et devenir immortel en faisant des ronds de jambe et en se cramponnant à la place qui arrange tout le monde, faire des mosaïque ou du pop-art c’est bien parce que ça n’engage à rien comme tous ces humanistes qui rendent hommage à la femme ou à la paix… sans connaître le front de l’engagement mortel.
          La lucidité n’est ni la jalousie, ni la haine, c’est le désarroi du technicien du Titanic qui entend Celine commencer son tour de chant par un hommage à René quand son nouvel amant s’essuie les couilles dans la loge VIP dédiée, chacun sa place et ses problèmes qu’ils soient métaphysiques ou non 😉
          Nous n’aimons donc pas ceux qui se plaignent et dénoncent pour exister… sûrement parce qu’ils nous ressemblent trop, tous humains après tout mais ni moins ni plus 😉

  5. balek le

    autend le dire tout de suite tout cela est « space ».

    je porte plainte direct contre la mairie qui efface mes tags sans mon autorisation

  6. Carlo le

    C’est assez drôle de voir que c’est la mairie qui fait le tri entre le bon et le mauvais street art.. la police du goût est assurée par des gens qui n’en ont pas et qui n’ont aucune culture sur le sujet… désolé mais je préfère 1000 fois un bon fat cap bien exécuté à la daube que nous propose ce néophyte de Combo …

    • SalsaDuDémon le

      On parle de la couverture de son livre, la photo ou il a des bleus et qui est censé faire de lui un artiste engagé aussi grâce à des t-shirts sur le front de paris plage et des donalds sur des lieux sensibles ? Il m’a demandé d’arrêter de le harceler donc j’en profite ici 😉

  7. taxi Paris le

    C’est malheureux pour l’artiste, mais il devrait réaliser ses œuvres après avoir demander l’autorisation. Cela éviterai sûrement ces problèmes avec la mairie.