Skuf, embrouilles et bastons dans le New York des années 90

interview Skuf YKK-511

Au début des années 90, les writers new-yorkais suite à la répression, le buff intensif et l'application de la théorie de la vitre brisée se tournent progressivement vers les rues pour peindre, abandonnant progressivement leur support de prédilection, le métro. Mais peindre dans les rues n'était pas de tout repos, les writers ont adopté leur style pour se focaliser sur l'essence même du bombing, les tags et les throw ups.

Skuf YKK, a marqué les rues de la Grosse Pomme aux côtés de la légende vivante Jaone, il revient sur quelques une des embrouilles qui ont duré de nombreuses années entre son crew, YKK et le crew DMS dans cette interview pour Vice.

Skuf YKK

Skuf YKK

« Mon frère ainé était breakdancer, à cette époque, graffiti et hip hop se confondaient. Je me souviens avoir trainé avec mon frère et ses potes à la station pour mater les flops et les tags de Oe3 et P13. Je devais avoir 8 ans, mais j'ai tout de suite compris l'idée. Venant d'un quartier et d'une communauté opprimée le graffiti a permis à certains de trouver une certaine fierté, d'avoir l'impression d'être un super héros. Le graffiti pouvait faire de moi un King, je le voulais et je désirais m'échapper de ma routine quotidienne. »

« Je ne peux pas m'imaginer me soucier du beef. Je suis un adulte, j'ai une famille à nourrir. Je sais de quoi je suis capable. si quelqu'un a un problème avec moi, qu'il aille consulter un psy. Mais ne vous méprenez pas, je ne laisserai personne lever la main sur moi. C'est tout simplement ridicule. Et je ne vais laisser personne me rabaisser. Mais je ne vais pas m'épuiser à courir après. Je suis père désormais, mon enfant regarde tout ce que je fais, il est comme une éponge. Imagine moi avoir un problème de beef, c'est complètement stupide. Mais une fois encore, je garde mon côté gangsta dans ma poche de derrière, au cas ou. »

Cicatrice de Skuf  photo : Akira Ruiz

Cicatrice de Skuf photo : Akira Ruiz

« J'ai eu de gros problèmes avec Ryno KGB. C'est devenu un de mes plus proches amis. Tous les problèmes sont réglés avec les DMS, un crew très important pour l'histoire du bombing à New York. Des problèmes qui duraient depuis près de 30 ans. Je ne sais même plus comment ça a commencé. Je sais juste qu'on était en embrouille. Il y a eu effusion de sang à plusieurs reprises. Mais j'en ai fini avec tout ça. Des gens sont mort au cours de cette embrouille. Ils ne voient plus leurs parents. Ils n'ont pas d'enfants. Je pense qu'à l'ère actuelle, la vie des writers est plus simple. Je ne me sens pas frustré, c'est juste le cycle de la vie. Je pense que ma violence puise sa source dans mes origines portoricaines. J'ai ressenti un manque à combler. Quand je suis devenu père, tout a changé. Je ne peux pas m'imaginer quelqu'un qui vient d'avoir quarante ans continuer dans des embrouilles foireuses »

« J'aime l'art en général, il y a de très belles choses, mais que les choses soient claires, le street art reste du street art. Le graffiti a sa propre culture. Il a ses règles. Il y a eu des bagarres sérieuses dans notre monde. Parfois même des incarcérations. Le graffiti a changé la vie de nombreuses personnes en bien et en mal. Le street art ne comprend pas ça. Les gens qui mettent de jolies étiquettes sur les tags et les throw ups ne comprennent rien, cela ne signifie rien pour eux, mais cela a un sens pour nous, les writers. Voilà ou réside le problème. J'essaie de changer la perception à propos du bombing en intervenant dans des publications, par exemple. Beaucoup de street artistes sortent d'une école d'art et auront peut être ces publications entre les mains. Ils sont éduqués, ont pris des cours d'histoire de l'art, mais apparemment ils n'ont rien appris de nous. Les writers ont leur mot à dire et doivent documenter leur culture afin d'éduquer la future génération d'artistes à venir. Nous devons écrire notre propre histoire. »

L'intégralité de l'interview est à lire ici en anglais.

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